Bruxelles Pour sa première sortie médiatique, le nouveau collectif belge de défense des travailleurs du sexe tacle Emir Kir (PS).

Dans ce studio de deux-pièces en enfilade de la rue Linné, à Saint-Josse, se mêlent des essences de parfum et des odeurs de fumée de cigarette. Un fauteuil est installé face à la vitrine qui donne sur la rue tandis qu’un grand lit se trouve à l’arrière dans une ambiance très tamisée. À l’invitation du nouveau collectif Utsopi qui entend fédérer l’ensemble des travailleurs du sexe, des journalistes se pressaient hier dans la carrée de prostitution de Marie (nom d’emprunt), un endroit atypique pour une conférence de presse.

Pour son premier rendez-vous avec les médias, le jeune collectif a opté pour un lieu symbolique. S’il dénonce une "chasse aux putes" pratiquée dans l’ensemble du pays, ses membres estiment que c’est la politique menée par le bourgmestre de Saint-Josse, Emir Kir (PS), qui est la plus dangereuse pour les travailleurs du sexe.

"Je suis prostituée depuis tellement longtemps que j’ai connu trois bourgmestres. Guy Cudell était à l’écoute et conciliant; nous avions un dialogue constructif avec Jean Demannez. Et naïvement, nous avions pensé qu’Emir Kir ferait le pont entre les communautés…" , déclare Marie, 58 ans.

Selon elle, le bourgmestre socialiste chercherait uniquement à chasser les prostituées qu’il ne supporte pas. " Sous couvert d’une lutte contre la traite humaine et les trafics d’armes et de drogues, il va jeter les femmes les plus vulnérables dans la clandestinité avec son nouveau règlement impossible à appliquer" , estime Marie, selon laquelle les trafics en tous genres s’opèrent davantage dans les 16 bars que compte le quartier que dans les carrées.

Récemment, la commune a adopté un règlement-taxe fixant le taux d’imposition à 3.000€ par an et par carrée. Et depuis hier, les exploitants d’une carrée doivent également s’acquitter d’une redevance de 2.500 €, valable cinq ans, pour obtenir le fameux certificat de conformité.

Au total, Marie devra donc lâcher 5.500 €. En colère et inquiète, elle ne mâche pas ses mots : "Pour payer cela, je devrai faire 220 passes. En fait, c’est de l’esclavage sexuel, du proxénétisme de la part de la commune. Il faut savoir que nous sommes, pour la plupart, des femmes dépassant la cinquantaine. Je ne sais pas dans quel état je serai après 220 clients !"

Pour appuyer son raisonnement, Marie rappelle que le retrait du même certificat de conformité ne coûte que 250€ à Schaerbeek, la commune d’à-côté. "En fait, le prix du certificat est laissé à la libre appréciation du bourgmestre. Est-on bien en démocratie ?" , accuse cette travailleuse du sexe du quartier Nord.



Emir Kir: “Le fédéral doit prendre ses responsabilités”

“Nous voulons que le plus vieux métier du monde puisse se poursuivre, mais nous refusons la traite humaine. Ce que nous voulons éradiquer, ce sont les trafics d’armes et de stupéfiants et les marchands de sommeil. Notre seule ambition est d’offrir un quartier vivable et paisible pour tout le monde. En trois mois, la zone de police a fermé 22 vitrines. Dans la plupart des cas, il y avait de la traite humaine. Arrêtons de parler de prostitution là où c’est de la traite humaine. La prostitution doit être limitée et contrôlée. À terme, celle-ci sera interdite dans les rues de la Rivière et de la Prairie, qui sont des axes entrants et sortants du quartier. On me reproche d’avancer seul dans ce dossier, mais à quand un gouvernement fédéral qui prend ses responsabilités en offrant une loi qui définit et encadre cette activité comme c’est le cas en Allemagne ? En attendant, chacun est confronté à ses difficultés…”