Quand le RER sème la zizanie

F. Sc. Publié le - Mis à jour le

Bruxelles

En conflit avec Infrabel et le SPF Finances, des riverains boitsfortois, pourtant favorables au projet, se font exproprier deux fois de suite

Se faire raboter 49 m2 de son jardin, ce n’est jamais très gai. Surtout lorsqu’on a investi dans un beau et vaste jardin, avec une serre et une belle cabane, et que l’on sait qu’un quai de gare RER va venir s’implanter et que tous les navetteurs auront vue directe sur l’arrière de sa maison…

Mais Laurence Duparque, lorsqu’elle a acheté le terrain à bâtir de la rue Gratès, à Watermael-Boitsfort, avait déjà été mise au courant par Infrabel et le SPF Finances qu’une expropriation, dans le cadre de l’installation des lignes RER, serait à craindre.

“Cela fait dix ans qu’on en parle. Nos avocats nous disaient que contre l’État, on ne gagnerait jamais… Après des pétitions, on a malgré tout accepté et signé. Après tout, on n’est pas contre le RER, c’est une grande avancée pour l’écologie en milieu urbain…”

Mais ce qui l’a rendu verte de rage, c’est une 2e expropriation, au départ non prévue dans le calendrier, qui leur a été imposée six mois après. 20 maisons sont concernées par cette 2e expropriation forcée . “14 m2, cette fois, seraient retirés chez nous. Personne n’était au courant au départ, c’est parce que nous nous sommes rendus nous-même à une réunion à la commune où on n’était pas invités.”

Infrabel leur a promis une “indemnité à la hauteur du préjudice , comme on avait été exproprié une deuxième fois” – “fait rarissime” , dixit le gestionnaire de l’infrastructure ferroviaire belge (voir ci-contre).

En bout de course, Laurence et son mari ont refusé les pauvres 4.400 € accordés en guise d’indemnisation, tout comme neuf autres habitations, selon la commune. Du coup, conformément à la procédure, la justice s’en mêle et un juge devra statuer sur une autre somme.

“Le comité d’acquisition du SPF Finances n’indemnise que l’achat du terrain exproprié et les abris. Visiblement, les préjudices subis à cause de la mauvaise communication, la gestion du chantier de la part d’Infrabel ainsi que les désagréments liés au quai que nous aurons au fond du jardin, ne sont pas de leur ressort. C’est à nous d’attaquer en justice Infrabel. Mais nous ne sommes que de petites gens et ne pourrions pas encore payer un avocat pour cela.”

Pour autant, Laurence reconnaît qu’elle n’est pas celle qui subit le plus grand préjudice. “Nous disposons encore un grand jardin, d’autres subiront un quai qui bordera leur maison et vont, comme nous, refuser et devoir gérer ce dossier avec un juge de paix…”

Ceux qui ont déjà plié face à l’insistance du comité d’acquisition, l’ont fait “sous pression d’une dame particulièrement menaçante, qui a même profité de la faiblesse de notre voisine de 70 ans, endettée…”

Révoltée par les moyens utilisés pour cette 2e expropriation, Laurence ne compte pas se laisser faire. “On nous pousse carrément au conflit avec notre voisin car notre serre va être déplacée et cela pourrait créer des soucis…”

Ce qui la révolte le plus, au fond, c’est “une manière de faire qui a semé la zizanie dans notre quartier, d’ordinaire si calme…”



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