Bruxelles

BRUXELLES

Le Bruxelles d’hier, il l’anecdotise; le corrige d’ancestrales sottises historiques; et offre à sa ville un relief colossal

PORTRAIT “De Flamand bruxellois, je suis devenu un Bruxellois néerlandophone – mais pas exclusivement.” Portant haut son rire de bon vivant, Roel Jacobs (ab) use de formules. Dans la langue de Vondel ou de Voltaire, c’est selon. Parce que fort de ces outils, l’orateur -très demandé-, juriste formé à la VUB, a pour la capitale les yeux de Chimène. Mais sans faux-fuyant.

“L’histoire ? C’est mon hobby depuis l’enfance”, narre cette bonne bouille de 57 printemps, que le tout Bruxelles s’arrache. “Lors de mes candi à l’unif, devenu aujourd’hui une sorte d’enseignement technique supérieur, j’ai eu beaucoup de sciences humaines… et d’options en histoire.”

Nourri de ses idées, de gauche (“Pendant 10 ans, je fus secrétaire parlementaire de Louis Van Geyt, député et président du parti communiste”), ce passionné a développé une connaissance globale, non-parcellaire d’une contrée où ses “petits commerçants” de parents s’établirent – “Ils tenaient une boucherie rue de Laeken, en face du théâtre flamand”, s’amuse-t-il du symbole. “Je me suis de plus en plus intéressé à la ville. Ce n’était pas innocent. Il s’agissait de répondre à tout ce qui m’énerve, à ce qu’on raconte sur Bruxelles en Flandre…”

Bien après ses lectures, ses recherches, l’indépendant Roel Jacobs demeure intimement persuadé de son pressenti de l’époque : “Cette ville s’occupe très peu de son histoire. Sa population a peu conscience qu’elle est le résultat de quelque chose de séculaire.” Alors lui, se chargera de perpétuer ce passé millénaire.

Conférences, ouvrages se vendant comme des petits pains au point d’être épuisés (L’histoire de la ville ouvre le bal, en 1994. Le bilingue Sur les traces de la Senne - 2006 - succédera à Une histoire de Bruxelles, parue en 2004, etc.) lui forgeront une réputation infaillible. Et justifiée. Ne prêta-t-il pas sa voix, ses anecdotes, son regard à quelques mots, prononcés lors des très officiels vingt ans de la Région ?

Allez, un exemple qu’aime cet apolitiquement incorrect, formé au droit mais de gauche. Dans sa Belgique l’Histoire en mouvement, un écrit remontant à 1998, il “démontre que les primitifs flamands… ne l’étaient pas” !

“Toutes des constructions artificielles du XIX e , récupérées dans des discours romantiques et identitaires ! Je dis qu’en regardant vraiment l’histoire, on trouve des choses beaucoup plus intéressantes qu’en s’enfermant, par exemple, dans ce XIX e  siècle. Lorsqu’on fait une lecture unilatérale, on est toujours à côté de la plaque…”



© La Dernière Heure 2011