Bruxelles Trois vitrines ont déjà été rachetées par la commune de Saint-Josse qui prévoit d’en acquérir un total de quinze à moyen terme.

C’est bien connu : la commune de Saint-Josse veut à tout prix réhabiliter le quartier Nord. Pour y faire revenir les familles, le bourgmestre Emir Kir (PS) mise sur une amélioration du cadre de vie, ce qui passe notamment par la construction de nouveaux logements et équipements : de la nouvelle crèche au commissariat Brabant en passant par l’antenne du CPAS. Mais la prostitution en vitrine est aussi dans le viseur des autorités locales. Officiellement, la volonté n’est pas de supprimer cette activité, seulement de la circonscrire.

Après le cuisant échec du règlement qui imposait des horaires de fermeture, la commune de Saint-Josse mise désormais sur une stratégie de rachat des biens immobiliers abritant des activités de prostitution au rez-de-chaussée. En novembre de l’année dernière, un premier courrier avait été envoyé aux propriétaires du quartier pour les démarcher.

Un an plus tard, la commune est déjà parvenue à racheter trois bâtiments comprenant des carrées de prostitution situés dans les rues Prairie et Linné. Et selon le bourgmestre, une quinzaine d’autres biens immobiliers font actuellement l’objet d’un dialogue avancé avec des propriétaires. Ces opérations sont contestées par l’opposition Ecolo-Groen qui estime que les prix d’achat sont trop élevés, ce qui revient selon eux à récompenser le proxénétisme immobilier.

Certains propriétaires de carrées de prostitution s’inquiètent de voir la commune mettre les bouchées doubles. Visites d’employés communaux, coups de fil d’experts immobiliers désireux de venir estimer la valeur des biens, etc. Des propriétaires font état de pressions et même de menaces d’expropriation émanant des autorités tennodoises.

"C’est une possibilité offerte aux communes qui est renforcée dans le cadre du contrat de revitalisation urbaine mais nous n’en sommes pas du tout là. Nous n’avons pas besoin d’aller jusqu’à l’expropriation pour obtenir des résultats. Les transactions financières sont en cours. Nous n’avons pas envie de vivre ce qui s’est fait dans le quartier Midi avec des procédures qui traînent et nous privilégions la concertation. Il n’y a donc aucune obligation de vendre", commente Emir Kir, qui réfute les accusations de propriétaires.

À la lecture d’un mail envoyé par un employé communal du service Patrimoine à une propriétaire du quartier, la décision de recourir aux expropriations semble pourtant claire : "La Région a pour objectif de délimiter, à terme, une zone d’expropriation afin de permettre ladite rénovation. C’est dans ce but que je tente une dernière fois de convaincre les propriétaires des immeubles (carrées ou non) de vendre au meilleur prix leurs biens."

Un courrier perçu par les propriétaires comme une tentative d’intimidation puisqu’aucune zone d’expropriation n’a en réalité encore été définie. Qui plus est, un motif d’utilité publique doit être fixé pour justifier une expropriation. Or, l’employé communal évoque la possibilité de construire un nouvel équipement à la place des immeubles des n°60 à n°78 de la rue Linné mais précise qu’aucune décision relative à l’affectation n’a jusqu’ici été prise. Cela pourrait aussi bien être une déchetterie qu’une crèche, ajoute-t-il.