Bruxelles Depuis 1998, les différents gouvernements n’ont jamais bougé malgré les très nombreux audits de la Cour des Comptes. Tous les ministres concernés sont auditionnés aujourd'hui

Ce mardi, la commission spéciale Siamu auditionnera tous les secrétaires d’État en charge du Service régional d’incendie et d’aide médicale urgente depuis que la Région bruxelloise existe (voir infographie) l Robert Delathouwer, Pascal Smet, Benoît Cerexhe, Christos Doulkeridis et, aujourd'hui, Cécile Jodogne. Maintes fois reportées, ces auditions ont pour objectif de mieux comprendre les raisons du laisser-aller total dans la gestion du Siamu depuis vingt ans. Et de pointer certaines responsabilités politiques flagrantes au regard du nombre d’avis et remarques émises par la Cour des Comptes ces… 20 dernières années.

On se rappelle ce premier audit, réalisé en 1996 - 22 ans ! - et pointant les mêmes dérives que celles dénoncées lors du dernier rapport. Entre-temps, la Cour des Comptes a contrôlé les comptes du Siamu… quasi tous les ans ! Soit une vingtaine d’avis, remarques, recommandations jamais respectée par le Siamu, encore moins suivis d’effet par les ministres de tutelle successifs.

© IPM

© IPM

Au gré de chaque certification annuelle et des nombreux rapports plus complets, la Cour des Comptes pointe, année après année les mêmes dysfonctionnements. Quelques exemples en vrac ? Pour les années 1997-1998 déjà, la Cour des Comptes pointait des manquements dans la "transparence des comptes annuels, dans le résultat budgétaire, dans la cohérence des comptes", etc. Un contrôle des comptes réalisé pour les années 1999-2004 relevait quant à lui "l’absence d’inventaire physique de certains actifs immobiliers et stock, la mauvaise gestion des créances jusqu’en 2005, les problèmes d’organisation dus à l’absence de certaines fonctions administratives dirigeantes, etc." Ce rapport de contrôle a été communiqué au ministre bruxellois de tutelle et au ministre des Finances… "Aucune réponse n’est parvenue à la Cour", remarquait à l’époque l’organe de contrôle. Gouvernement bruxellois toujours aux abonnés absents suite à un audit complet de la gestion des ressources humaine réalisé par la Cour en 2003.

L’analyse pour les années 2005-2007 dévoile quant à elle des lacunes au niveau de "la gestion de certains stocks, du contrôle de la facturation, manquements dans la gestion du fonds de pension, des voitures de fonction et de service, au service réfectoire et à la cantine, dans la comptabilisation des créances et la gestion des débiteurs", etc. Là encore, les ministres compétents n’ont pas répondu aux remarques et critiques de la Cour. En 2008, le constat est identique. Mais là, "les comptes 2008 du Siamu ont été transmis le 26 juillet 2010, soit avec un retard de plus d’un an…". Le reste est à l’avenant. Pire, au fil des ans, la liste des manquements s’allonge inexorablement : "compte du comptable trésorier non transmis, irrégularités sur des marchés publics, gestion des stocks, contrôle des notes de frais et des honoraires de l’amicale des sapeurs et des jeunes sapeurs pompiers, manque de pièces justificatives, etc."

À tel point qu’en 2012 et 2013, la Cour "s’abstient d’émettre une opinion sur le compte général du Siamu. […] Des éléments probants qui ont été rassemblés au cours de l’audit n’offrent pas une assurance raisonnable en ce qui concerne la régularité, la sincérité et la fiabilité du compte général". À tel point encore que, pour 2014 et 2015, la Cour s’abstient toujours, déplorant que "l’essentiel des manquements constatés lors des contrôles précédents subsistent dans les comptes généraux 2014 et 2015…"

Membre le plus actif de la commission spéciale Siamu, le député libéral Vincent De Wolf pointe lui aussi "la responsabilité collective évidente des gouvernements successifs". "Mais, remarque-t-il, plus ça va, plus c’est grave". De là à pointer la responsabilité de chaque secrétaire d’État impliqué ? "Si la situation existe depuis dix ou vingt ans et que, quand tu arrives au gouvernement et que tu vois que c’est à chaque fois pire, tu n’attends pas trois avant de prendre le problème à bras-le-corps", poursuit le libéral en visant clairement l’actuelle secrétaire d’État en charge du Siamu Cécile Jodogne (Défi).

"Ce qui me choque, c’est que Madame Jodogne se présente comme la mère de toutes les vertus alors que cela n’est pas vrai du tout." Vincent De Wolf dénonce ici la façon dont est organisée cette commission spéciale. "La façon dont tout cela a été fait n’est absolument pas correcte. Lorsque l’on a vécu le Samusocial, les socialistes n’ont pas empêché l’accès aux documents, la commission spéciale a pu faire son travail en toute liberté. Ici, c’est le contraire. Les parlementaires ont été empêchés de faire leur travail. Le Siamu est sous l’autorité directe de la secrétaire d’État et, nous, le parlement sommes censés contrôler son travail. Et là, on nous cache des documents !"