Bruxelles Aucun parti ne suit le MR pour libéraliser le secteur du transport rémunéré de personnes.

Alors que le gouvernement bruxellois tarde à présenter son plan taxi, l’opposition MR a mis sur la table, hier, en commission Infrastructure du Parlement bruxellois une proposition de résolution visant à libéraliser le secteur du transport rémunéré de personnes en Région bruxelloise. Le texte prévoit notamment d’indemniser les chauffeurs disposant d’une licence afin de compenser les pertes occasionnées. Pour tenter de convaincre les autres députés, les libéraux ont développé un argumentaire en quatre actes.

"Premièrement, la surréglementation du secteur fige l’offre et le niveau de prix et empêche le développement de l’emploi tout en bloquant l’innovation", a débuté le parlementaire Boris Dilliès (MR) qui estime entre 2.000 et 3.000 le nombre de nouveaux emplois qui pourraient être créés.

Selon le libéral, les expériences effectuées à l’étranger ont démontré qu’une libéralisation induit une hausse du nombre de taxis et dès lors une diminution du temps d’attente. "À Dublin, plus de 60 % des courses étaient effectuées en moins de 5 minutes d’attente contre 20 % avant la réforme", a fait valoir Boris Dilliès.

Tertio, l’élu MR affirme vouloir pallier au manque de concurrence actuel dans le secteur. "L’arrivée de nouveaux concurrents numériques ouvre une opportunité inédite de libéralisation par le marché. Le rôle de la puissance publique est d’accompagner ce processus et, j’insiste, sur base de règles équitables", a-t-il précisé.

Enfin, les libéraux soulignent le fait que la sécurité juridique du système actuel des licences de taxis n’est pas garantie. "En effet, il est envisageable que la Cour européenne de Justice demande aux États-membres de revoir la réglementation contraignante dudit secteur au motif de l’entrave du libre mouvement des travailleurs et des capitaux à l’intérieur de l’Union européenne. Ses arrêts contre les entraves ont été de puissants leviers à la libéralisation de nombreux marchés : électricité, chemins de fer etc.", a énuméré Boris Dilliès.

Par la voix de Jamal Ikazban, le PS a fait savoir qu’il jugeait le vote de ce texte prématuré, puisque le gouvernement travaille actuellement à un plan plus global. "Vous prenez les exemples qui vous arrangent. À Dublin, le nombre de taxis a certes explosé, mais il y a moins de salariés…"

Du côté d’Ecolo, on estime que ce n’est pas le texte du MR qui est prématuré. "C’est plutôt le projet du gouvernement qui se fait largement attendre", a taclé Céline Delforge qui a cependant précisé que les écologistes ne pouvaient voter pour une libéralisation qui pourrait déboucher sur une hausse du nombre de véhicules en circulation et du nombre de travailleurs pauvres…

Pour Pierre Kompany qui s’exprimait au nom du CDH, ce n’est pas la fin du numerus clausus qui soulagera la capitale de ses problèmes de congestion. "Les tarifs actuels des taxis sont trop élevés pour être assez attractifs, mais c’est un mode qui doit conserver son caractère exceptionnel car il n’est pas souhaitable d’avoir davantage de voitures dans la capitale", a-t-il déclaré.

Seul Emmanuel De Bock (Défi) a posé des questions précises aux libéraux, notamment sur la manière de financer le rachat des licences estimé à 60 millions d’euros à travers une taxe régionale. "Il ne s’agirait pas d’une nouvelle taxe pour les citoyens. Celle-ci serait payée par les nouveaux entrants sur le marché, avec un étalement sur dix ans", a précisé Boris Dilliès.


Le MR lance une campagne à 80.000€

Il n’y a pas que dans le domaine des taxis que l’opposition libérale estime que le gouvernement bruxellois fait preuve d’un immobilisme inacceptable. "Marre de l’immobilisme", c’est le message que le MR souhaite donc faire passer au travers d’une une campagne intitulée Remettre enfin Bruxelles en mouvement. Celle-ci sera déclinée en plusieurs messages sur les réseaux sociaux, en télé, en radio et en presse écrite pour inciter les Bruxellois à découvrir les solutions concrètes que le MR porte inlassablement sur le devant de la scène parlementaire. "Nous voulons faire comprendre aux citoyens que, comme eux, coincés dans les embouteillages de manière permanente à Bruxelles, nous sommes coincés par une majorité PS/CDH/Défi qui n’avance pas au parlement", indiquent les députés MR dans un communiqué. Au sein du parti, le coût de cette campagne qui s’élève à 80.000€ ferait toutefois grincer quelques dents…