Bruxelles

Une douzaine de manuscrits, dont le plus vieux date du XVe siècle, dormaient dans un grenier de Jette. Son propriétaire n’était pas conscient de leurs valeurs historiques

BRUXELLES-VILLE C’est en fouillant dans un grenier de Jette que Remco Sleiderink, historien de la littérature à la Hogeschool-Universiteit Brussel, a découvert une douzaine de manuscrits qui prenaient la poussière depuis de nombreuses années. Un véritable trésor pour ce scientifique. “Ces sources ont une valeur historique très importante. Les manuscrits de cette époque sont rares car beaucoup de livres ont disparu dans le grand incendie de 1695 (à cause du bombardement de Bruxelles par les troupes françaises du roi Louis XIV) . Elles permettent de mieux comprendre la société de l’époque” , se félicite l’historien.

Les vénérables documents étaient conservés depuis des siècles par la Gilde des archers de Bruxelles aussi appelée Serment Royal Saint-Sébastien des Archers de Bruxelles. C’est dans le grenier de Walter Holbrecht (74 ans), qui a été trésorier de la guilde durant 30 ans, que les manuscrits ont été trouvés. “J’avais oublié leur existence et je ne connaissais pas leur valeur. Mes prédécesseurs non plus” , explique Walter. Aujourd’hui, la guilde qui fêtait ses 600 ans d’existence en 1989 a été dissoute même si Walter continue toujours à tirer à l’arc. “La guilde a été dissoute en 2005. Elle ne comptait plus que trois membres en vie et personne ne voulait prendre la relève” , déplore l’archer.

C’est donc avec plaisir que les derniers membres ont accepté d’offrir les manuscrits et un grand collier en argent qui fut porté par le roi Léopold II, aux archives de la ville de Bruxelles.

Mais le clou de cette collection est assurément un manuscrit richement illustré sur parchemin datant du XVe siècle. Il contient le règlement de la confrérie Saint-Sébastien et une liste de 119 membres de la Chambre de rhétorique de Bruxelles De Corenbloem (Le Bleuet). “Ces rhétoriciens étaient des écrivains, des poètes et des comédiens, regroupés en sociétés à la fin du Moyen Âge. On peut lire leur devise dans le manuscrit : La jeunesse crée la joie” , explique encore l’historien de la HUB.

Le manuscrit contient les noms de membres de la confrérie Saint-Sébastien, souvent en précisant leur profession. “C’est très intéressant, on y retrouve des artistes et des artisans bien connus comme le sculpteur Jan Borreman ou l’imprimeur Thomas van der Noot.” Il atteste du lien étroit entre la confrérie et les membres de la Chambre De Corenbloem .

Une autre découverte historique est apportée par une illustration du parchemin. “On peut voir sur la miniature une représentation de St-Sébastien qui tient un arc dans l’ancienne église St-Géry. Il s’agit de la seule image de l’église que nous connaissons avant sa reconstruction en 1520 .” C’est après avoir vu une copie de cette représentation que Remco Sleiderink a recherché, trois années, la pièce originale. Ses efforts ont été récompensés.



© La Dernière Heure 2012