Bruxelles L’ancien échevin Jean-Pierre Van Gorp retrace trente années de politique communale dans un recueil d’anecdotes savoureuses.

333 pages pour raconter trente années de vie politique schaerbeekoise, ça peut paraître beaucoup mais Jean-Pierre Van Gorp aurait pu en faire bien plus. Distillé au gré de 147 épisodes illustrés par le dessinateur Marc De Moor, ce livre se savoure paisiblement, au hasard des pages ou dans l’ordre chronologique, peu importe. À chaque page, le lecteur (re) découvre une anecdote, tantôt grave, tantôt joyeuse, tantôt piquante.

Ancien échevin schaerbeekois, l’auteur de ce livre s’est dit "qu’avec tout ce que j’ai vécu à Schaerbeek ces trente dernières années, il aurait été vraiment dommage de ne pas le coucher dans un livre". L’écriture a démarré en mai 2017, elle s’est terminée en février de cette année sur base de 40 années d’agenda vangorpiens, de 2.500 articles de presse et de plusieurs milliers de photos : "un vrai travail de bénédictin".

Schaerbeek de l’ombre à la lumière passionnera les vrais Schaerbeekois tant il regorge d’anecdotes croustillantes, tant il révèle la dureté de la politique communale sous l’ère Nols et Weustenraad, tant il dévoile à quel point l’action communale ne peut être correctement accomplie que par passion. "Molenbeek aujourd’hui, ce n’est rien à côté de ce qu’était Schaerbeek dans les années ‘80", assène-t-il d’emblée.

"J'ai vu mourir Léon Weuwtenraad dans mes bras"

© D.R.

Parmi les moments forts vécus par Jean-Pierre Van Gorp, ce moment où "j’ai vu mourir le bourgmestre Léon Weuwtenraad dans mes bras, dans un ascenseur de l’hôtel communal". Celui ou "Claude Paulet courrait après moi autour de la grande table dans la salle du collège. J’avais ouvert toutes les fenêtres. Nous étions en novembre. Claude Paulet me demande pourquoi j’ouvre les fenêtres. Je lui réponds : "ça sent les années ‘40 ici"

Des tonnes de PQ commandées en une seule fois

Mais encore, du temps où la cité des Ânes était fauchée comme les blés, "le collège décide d’acheter des tonnes de rouleaux de papier toilette à une usine en faillite. Vingt semi-remorques ont débarqué à l’hôtel communal. Il y avait du PQ partout ! Dans les bureaux, les caves, les écoles, des murs de PQ !"

© DEMOULIN BERNARD

Plus cocasse encore, lorsqu’il a été démis de ses attributions scabinales (sous l’ère Nols), Jean-Pierre Van Gorp a fait aménager un passage secret entre son bureau et celui de son équipe, mitoyen. "Il était camouflé par une grande armoire sans fond. Sentant le vent venir, j’avais aussi demandé à l’équipe de rapatrier toutes nos archives dans mon bureau". Sans oublier son incroyable analyse au sujet de la démission de Roger Nols (lire ci-dessous).

Didier Gosuin ne lui a plus parlé pendant dix ans

© GUILLAUME JC

À la lecture de ce recueil de souvenirs, on découvre également le rôle qu’a joué Didier Gosuin dans la carrière politique de Jean-Pierre Van Gorp. "Il m’a conseillé lorsque je suis entré en politique", se rappelle le socialiste schaerbeekois. "Il m’a aussi soutenu publiquement lorsque j’étais dans l’équipe de Roger Nols." Tout de même, les deux amis ne se sont plus parlé pendant dix ans lorsque Jean-Pierre Van Gorp a quitté le FDF (Défi aujourd’hui) pour le PS.


"Au départ, j’étais très content de Bernard Clerfayt et de l’équipe. Mais je pense que je suis plus tourné vers l’humain que lui. Bernard Clerfayt garde une posture très rationnelle. De nombreux Schaerbeekois ont besoin d’être écoutés, entendus, etc. Cela agaçait un peu Bernard Clerfayt. Puis il a commencé à me mettre quelques bâtons dans les roues, la confiance s’est rompue petit à petit. La goutte d’eau fut lorsque, alors que je rentrais de maladie, j’ai appris qu’il avait ponctionné des moyens dans mon budget propreté. Entre-temps, Laurette Onkelinx était arrivée sur Schaerbeek. J’ai naïvement cru qu’une coalition FDF/PS aurait été l’idéal pour Schaerbeek. Je n’étais pas au courant de l’accord entre le FDF et Ecolo…"

"Laurette Onkelinx a sous-estimé Bernard Clerfayt"

© HAULOT ALEXIS

Aujourd’hui, Jean-Pierre Van Gorp trouve que le Schaerbeek façonné par Bernard Clerfayt devient un peu trop bobo. "Et les populations précarisées, plus difficiles sont un peu mises de côté". Selon lui, l’échec de Laurette Onkelinx est le fait d’une petite erreur faite dès le départ. "Elle aurait dû pousser la liste au lieu de la tirer lorsqu’elle est arrivée. Comme Joëlle Milquet à la Ville. Le discours aurait alors été : je viens soutenir le PS Schaerbeekois. En prenant la tête de liste, le parachutage était fort gros", commente l’ancien échevin. "Laurette Onkelinx a également sous-estimé Bernard Clerfayt. Comme Daniel Ducarme ou Alain Hutchinson à l’époque. Mais, en douze ans d’opposition, Laurette Onkelinx a beaucoup fait pour les Schaerbeekois. Le métro, le parc Josaphat via Beliris, les contrats de quartier. Elle a pesé de tout son poids pour Schaerbeek."

Son pronostic pour le scrutin communal du 14 octobre prochain ? Il se lance sans aucune hésitation : 21 sièges pour la liste du bourgmestre, huit sièges pour Ecolo, huit sièges pour le PS, cinq sièges pour le PTB, trois sièges pour le MR, deux sièges pour le CDH, rien pour la N-VA. Rappelle des souvenirs aux anciens et explique aux jeunes que la métamorphose de Schaerbeek n’a pas été simple.

Schaerbeek de l’ombre à la lumière, Ed. Badlands.one, 333 pages, 30 euros.
Disponible dans toutes les librairies schaerbeekoises. Un épisode chaque jour sur www.jeanpierrevangorp.info.