Bruxelles Une journée de conférences consacrées à la mobilité 4.0 est prévue ce jeudi 30 novembre.

À l'instar du secteur de la mobilité en général, le transport public est actuellement en phase de transition. Face aux évolutions technologiques exponentielles, de nombreux enjeux devront être relevés. Une série d'experts seront réunis pour échanger sur ce thème dans le cadre d'une journée de conférences organisée par la Stib ce jeudi 30 novembre.

Parmi les thèmes évoqués, celui des véhicules autonomes retient directement l'attention. C'est sans doute l'envie de rêver qui nous pousse à croire en l'arrivée imminente sur nos routes de voitures autonomes qui nous permettront de vaquer à diverses occupations pendant nos trajets où il ne sera plus nécessaire qu'un chauffeur tienne le volant.

Au sein de la Stib, ce sujet de recherche demeure pourtant très prospectif. "On est attentif à tout ce qui se passe ailleurs dans le monde. Les experts américains sont particulièrement optimistes en ce qui concerne la date d'arrivée des véhicules autonomes mais ce n'est pas pour tout de suite", estime Mathieu Nicaise, expert au sein de la cellule Stratégie&Innovation de la Stib.

Au niveau mondial, environ une trentaine de tests sont menés par des sociétés de transport public. "Le point commun de ces tests, c'est un environnement maîtrisé. Prenons par exemple les Quais de Saône à Lyon où des navettes autonomes circulent. Ce n'est pas une zone du type Arts-Loi mais, au contraire, une zone avec très peu d'interactions et un trafic apaisé", souligne notre interlocuteur.

Pour l'heure, les minibus autonomes circulent à des vitesses commerciales très réduites (5 à 7km/h). "Le domaine de pertinence, c'est donc aussi la proximité. Un site de 30 hectares comme la centrale nucléaire de Civaux en France utilise des véhicules autonomes parce que c'est trop grand pour tout faire à pied. Les véhicules autonomes seront sans doute d'abord utilisés sur des sites semi-perméables comme les campus universitaires ou les hôpitaux, ce qui a encore plus de sens en raison de la présence de personnes ayant des difficultés à se déplacer", indique Mathieu Nicaise.

À Bruxelles, on songe dès lors notamment à Tour&Taxis ou au futur site Neo qui réunira de nombreux pôles (économique, commercial, touristique, culturel, de loisirs et de logements) sur le plateau du Heysel. "Par contre, une artère comme la rue Neuve n'est pas idéale en raison d'un flux de piétons trop dense avec des comportements imprévisibles", note l'expert en mobilité.

Mais l'arrivée des véhicules autonomes soulève surtout une question de fond: va-t-on vers un changement de paradigme en ce qui concerne l'usage de la voiture? "Il y a le scénario idéal selon lequel des sortes de robots taxis partagés complètent le réseau de transport public classique en répondant à des besoins plus précis notamment le transport de nuit, ce qui permettrait alors de démotoriser les ménages. Et puis il y un scénario moins vertueux, business as usual, dans lequel l'usage d'une voiture personnelle reste une généralité mais seules les personnes les plus riches circulent avec des véhicules autonomes", résume le collaborateur de la Stib.

Dans le cas du premier scénario, les sociétés de transport public pourraient éventuellement devenir gérantes d'une flotte de taxis autonomes en plus de leur activité initiale.

Mais le volet financement signe ici la fin du rêve. "Pour l'instant, il n'y a pas de business model qui tienne la route. Pour un bus autonomes de huit places, il faut compter au moins 200.000€, ce qui est plus cher qu'un bus standard de 70 places. Que ce soit pour de la communication ou de la recherche scientifique, cela reste un luxe de mener ce type de test. À Lyon, la navette autonome est une vitrine pour la société Navya qui finance ce projet", note Mathieu Nicaise.

En tant que société de transport public de taille moyenne, la Stib ne peut pas se permettre de jouer les défricheurs dans le domaine. "Mais nous ne sommes ni pionniers, ni aveugles", conclut Mathieu Nicaise.

Une étude commandée pour mi-2018

Lorsqu'il s'agit de véhicules autonomes, le ministre bruxellois de la Mobilité se définit comme un "believer". "Je suis convaincu que cela va arriver dans dix ou quinze ans. C'est pour ça que j'ai demandé à la Stib de préparer une étude en 2018. La question fondamentale est de savoir comment un tel système sera déployé. Est-ce que c'est la Stib qui prendra en charge une flotte de véhicules autonomes partagés? Ou alors une sorte de Stib bis? Ou une concession à un ou plusieurs privés? Même si ce n'est pas encore pour demain, il faut anticiper et voir le type de modèle qui est envisageable", estime Pascal Smet (SPA).

Selon le socialiste, ces voitures autonomes partagées permettront de compléter le réseau de transport en commun en améliorant la desserte dans certains quartiers. "On prendra son téléphone pour commander une capsule et on demandera d'aller jusqu'à un arrêt de métro ou de continuer le trajet jusqu'à la destination en partageant la capsule avec d'autres utilisateurs."

Selon des chiffres d'un bureau d'étude n'ayant pas encore été publiés, environ 25.000 voitures partagées seraient suffisantes pour desservir une capitale comme Bruxelles, affirme Pascal Smet . "La possession de voitures personnelles va diminuer et il faut aussi réfléchir à la manière d'agir avec cet espace public qui se libère."

Les package mobilité tout compris

À nettement plus court terme, l'une des révolutions en matière de mobilité concernera la mise en place d'un package mobilité. "Il s'agira d'agréger toutes les offres de transport présentes dans une ville sur un seul compte client. Dénommé mobility as a service (MAAS), ce concept est déjà d'application dans des pays scandinaves", indique Mathiau Nicaise qui précise que les questions soulevées en coulisse sont parfois complexes, notamment au niveau du partage des responsabilités des différents acteurs.

Plus d'infos: www.stib-mivb.be