Centre La palette brassicole de l’abbaye s’enrichit dans la pure tradition rurale

Les moines de l’abbaye de Bonne-Espérance ont toujours fabriqué leur bière. Après une brève interruption entre 1951 et 1973, l’activité est délocalisée et relancée. Depuis 2015, c’est à Bruno Deghorain, de la brasserie la Binchoise, que revient la tâche de produire la bière de Bonne-Espérance. Le Binchois y a manifestement pris goût, un nouveau produit vient en effet s’ajouter aux côtés de la blonde traditionnelle.

Encore une nouvelle bière, alors que les microbrasseries fleurissent un peu partout ? "Effectivement, la bière est très en vogue actuellement et tout le monde veut se lancer", concède Bruno Deghorain. "Mais avec cette Saison, nous avons un produit de tradition qui tranche avec les nouvelles tendances des microbrasseries aux styles généralement plus exotiques. Nous avons ici un produit typiquement belge qui s’inscrit dans une tradition lointaine."

Forte d’une campagne marketing importante, la brasserie Dubuisson avait donné le la en matière de Saison. Quitte à prendre quelques libertés avec l’Histoire. Bruno Deghorain, lui, voulait renouer avec le passé. "Autrefois, les fermiers brassaient leur propre bière", poursuit le Binchois. "Il n’y avait pas encore de grosses machines à l’époque. Durant l’été, ils faisaient donc appel à de nombreux ouvriers agricoles et leur servaient cette bière, qu’on appelait la Saison. Vu les circonstances, c’était une bière assez légère et très désaltérante."

La Saison Bonne-Espérance conjugue donc un caractère moderne dans sa conception avec un côté traditionnel dans son origine. "Nous avons une amertume prononcée qui vient du houblon hainuyer de Luc Lagache, l’un des derniers producteurs de houblon de Belgique", indique Bruno Deghorain. "Cela fait un certain temps que la plupart des brasseries se sont tournées vers le houblon de Tchéquie ou d’Allemagne qui est plus fin. Le houblon belge a plus de caractère. La Saison Bonne-Espérance apporte ainsi une véritable fraîcheur en bouche. De plus, son dry hopping, qui consiste à ajouter du houblon en cuve de garde, vient renforcer sa vivacité. L’utilisation d’orge, de froment, d’épeautre et d’avoine vient renforcer le caractère agricole de cette bière complexe et naturellement trouble."

Le hasard du calendrier fait bien les choses. Mécontent d’un premier brassin, Bruno Deghorain s’y est repris une deuxième fois pour accoucher de cette Saison. Elle arrive ainsi à point nommé pour les Fêtes de la Moisson qui se déroulent ce week-end à l’abbaye de Bonne-Espérance.