Centre Un expert du GISER nous donne trois raisons propres à notre époque

Cela n’aura échappé à personne, et encore moins à ceux qui en ont fait les frais : les derniers orages ont provoqué d’importantes coulées de boue dans les villages touchés. Ce phénomène est-il relativement nouveau ou bien existe-t-il depuis des lustres ?

"Ca s’intensifie depuis quelques années, c’est sûr", répond Arnaud Dewez, expert de la Cellule Gestion intégrée Sol-Erosion-Ruissellement (GISER) de la Région wallonne. "C’est ce qui ressort clairement des observations que nous effectuons sur le terrain."

Et plusieurs facteurs expliquent ces problèmes de coulée de boue, de plus en plus importants en cas d’orages. "Il y a une intensification de l’agriculture, avec des tailles de parcelles plus grandes et un travail du sol plus intensif. Ce qui provoque une sensibilité à l’érosion", poursuit Arnaud Dewez. "Notre urbanisation est aussi plus importante qu’il y a 50 ans. Avant, les coulées de boue se redistribuaient entre deux champs, sans gêner personne. Aujourd’hui, elles arrivent dans des maisons ou des lotissements. Enfin, il y a la météo. Nous ne pouvons pas encore dire que les problèmes de coulées de boue, de plus en plus importants, sont liés au changement climatique. Néanmoins, tous les acteurs de terrain s’accordent à dire que nous observons des phénomènes plus intenses ces dix dernières années."

Autrement dit, les violents orages comme ceux que vient d’essuyer notre région risquent d’éclater plus souvent. Nos champs y sont-ils préparés ? Certains se plaignent que les haies et les talus qui les bordaient ont disparu. Une idée reçue ? "Non, c’est tout à fait vrai", pointe l’expert du GISER. "C’est lié à l’intensification de l’agriculture. Pour cultiver de manière plus industrielle, il fallait gagner de l’espace. Et les fermiers ont enlevé tous ces petits éléments qui facilitaient la circulation de l’eau à grande vitesse."

Certaines communes victimes des inondations négocient actuellement avec leurs agriculteurs pour rétablir ces aménagements le long des champs problématiques. Bien souvent avec l’appui du GISER. Mais rien n’oblige les agriculteurs à accepter. "Un cadre législatif plus contraignant ne nous aiderait pas forcément. Pour le moment, c’est ouvert et ça permet d’envisager un tas de solutions avec les agriculteurs. Parfois, ce sont même eux qui viennent avec des idées auxquelles nous n’avions pas pensé. Dans certains cas seulement, nous devrions avoir besoin d’un arsenal législatif. Ajoutons pour conclure que ça existe déjà. La nouvelle loi communale autorise le bourgmestre, dans certains cas précis, à prendre un arrêté de police pour faire face à un problème bien défini et répété."