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Pour Grégory Lucas, le ministre Di Antonio poursuit un noble projet, mais s'y prend mal

Dès le mois de septembre, 24 communes de la Région wallonne, dont Frameries et Dour, vont participer à un nouveau projet imaginé par le ministre Carlo Di Antonio. Dans ces communes, les citoyens pourront ramasser les canettes abandonnées dans la nature et échanger chacun de ces déchets contre une prime de retour de 5 centimes à faire valoir dans les commerces locaux partenaires.

Mais ce projet n'emballe pas Grégory Lucas. Candidat sur la liste Alternative au Roeulx, il s'est fendu d'une lettre ouverte au ministre Di Antonio pour lui demander de revoir sa copie. "Le but est louable", note le Rhodien. "Mais il ne va pas dissuader les pollueurs, alors qu'aucune responsabilité ni sanction n'est prévue pour eux. En effet, ceux-ci ne vont pas payer leurs canettes et n’ont aucun intérêt à ramener celles-ci chez eux puisqu’elles rempliront leur sac bleu qui est payant."

Comme beaucoup d'autres, Grégory Lucas se demande comment seront distinguées les canettes ramassées dans la nature et celles consommées à la maison. Seules les premières feront l'objet d'une prime. Et ce n'est pas la seule question qui taraude le candidat d'Alternative. "Croyez-vous réellement que beaucoup de gens vont passer leur temps à ramasser des canettes pour 0,05 € par canette ?", interroge Grégory Lucas. "N’avez-vous pas l’impression que votre projet va juste faire en sorte que les moins nantis ramassent les canettes des pollueurs ? L’objectif serait-il de faire ramasser aux plus pauvres les crasses des autres ? Avez-vous pensé aux risques que certains pourraient prendre pour aller ramasser les canettes là où elles sont le plus nombreuses, c’est-à-dire le long des routes ? "

Pour Grégory Lucas, mieux vaut prendre exemple sur l'Allemagne. "Un système de caution y a été instauré aussi bien sur les canettes que sur les bouteilles en plastique", souligne le Rhodien. "La caution s'élève à 0,25 €. Qui dit caution, dit que l’acheteur paie plus cher sa boisson. S'il ne ramène pas sa canette, il est sanctionné de ce montant. C'est le principe du pollueur-payeur. Avec un tel système, on peut dissuader un certain nombre de personnes de jeter leurs canettes dans la nature."

Au cabinet Di Antonio, on désamorce quelques critiques. "Comme pour les ambassadeurs de la propreté, ce projet fait l'objet d'un processus d'inscription", explique un collaborateur du ministre. "L'idée n'est pas que les pauvres ramassent les déchets des riches. Il faudrait déjà collecter beaucoup de canettes pour que ce soit rentable. Nous voulons surtout remercier et encourager ceux qui oeuvrent déjà sur le terrain pour la propreté. Le processus d'inscription, basé sur un engagement, devrait permettre de faire le tri entre les canettes consommées à la maison et celles jetées dans la nature. Enfin, le montant de la prime devrait en outre dissuader les gens de prendre des risques. C'est une question de bon sens. On ne va pas traverser une autoroute pour ramasser une canette à 0,05 €."

Le cabinet précise par ailleurs qu'il s'agit d'un projet pilote. "En Allemagne, quand ils ont lancé le projet de consignes, ils n'avaient même pas de sacs pour les PMC. La situation est différente chez nous. Nous mettons un projet-pilote sur la table et nous avons la volonté, à terme, d'aller plus loin. Mais pour que cela ait du sens, il faudra se coordonner et travailler à l'échelle nationale."