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Une famille doit remettre son appartement au CPAS et n'a pas de plan B

Anna-Maria Melis, son mari et ses trois enfants devraient préparer leurs valises. Dans un mois, ils sont censés quitter l'appartement qu'ils louent au CPAS de Binche. Mais pour aller où ? Ils ne peuvent pas prolonger leur bail et aucun logement social ne serait à leur disposition. Les prix du privé sont hors de portée. Si bien que… "Le 30 juin, nous serons à la rue", souffle la mère de famille.

Un couac administratif serait à l'origine du drame qui s'annonce. "J'ai introduit un dossier à l'ISSH en 2012, alors que je vivais encore chez ma mère", explique Anna-Maria Melis. "Mais en 2015, cette agence de logements sociaux m'a indiqué qu'elle avait perdu mon dossier. J'en ai réintroduit un depuis, mais je n'ai pas eu de suites. Du coup, j'ai perdu tous les points d'ancienneté pour prétendre à une habitation sociale."

L'année passée, le CPAS de Binche est venu en aide à cette famille en lui louant un appartement dans l'un des immeubles de la rue de la Coopération. "Mais ce sont des baux à durée limitée", précise Jonathan Gailliez, le mari. "Nous aurions déjà dû partir en mars. Le juge nous a autorisés à rester jusqu'au 30 juin. Ce n'est plus possible de prolonger."

La famille redoute donc l'échéance fatidique qui pourrait la plonger dans un cercle vicieux. "Si on se retrouve à la rue, on n'aura plus de revenus. Sans adresse, je n'aurai plus de plaques pour ma voiture. Et ce sera encore plus difficile de trouver du travail", prédit l'informaticien de formation, prêt à prendre n'importe quel boulot.

Cette perte de logement pourrait avoir des conséquences encore plus désastreuses. "Je suis aux assises avec le géniteur de mon dernier", souligne Anna-Maria Melis. "C'est un drogué, alcoolique, qui m'a menacé de mort quand j'étais enceinte, car il pensait que j'attendais une fille. Depuis qu'il sait que j'ai accouché d'un garçon, il veut faire valoir ses droits. Mais il n'est pas question qu'il approche de mon enfant après tout ce qu'il a fait. Si je me retrouve SDF cependant, il pourra récupérer mon fils."

La mère de famille veut éviter ce scénario à tout prix. Mais elle ne sait plus vers quel saint se vouer. "L'ISSH me dit que je ne suis pas prioritaire. J'ai vu le bourgmestre qui m'a renvoyée vers une assistante sociale, sans succès. Le CPAS ne peut rien faire. J'ai même écrit au Roi et à la Région wallonne. L'ISSH a une maison abandonnée depuis quatre ans, plus haut, dans notre rue. Ils ne veulent pas la louer, car elle est insalubre. Nous avons proposé de faire les travaux nécessaires à nos frais pour pouvoir y habiter. Mais ils ne veulent rien savoir."

Pour l'heure, cette famille nombreuse se sent totalement piégée et ne voit aucune issue pour éviter le pire…


Les demandes explosent

Nous avons contacté l'ISSH. Son président, Michel Durieux, n'était pas en mesure de consulter ce dossier particulier lorsque nous l'avons joint. Mais il a tenu à rappeler que l'attribution de logements sociaux répondait d'une législation bien définie. "Quand une personne introduit un dossier, elle doit renouveler sa demande tous les ans", indique Michel Durieux. "L'attribution se fait ensuite sur base de critères définis par un programme informatique. Ce système a été mis en place pour éviter les abus qu'on a connus dans le passé. Ce qui ne laisse pas toujours une grande marge de manœuvre aux agents qui, sur le terrain, peuvent avoir une autre vision du dossier."

De manière générale, le président de l'ISSH déplore un manque de moyens à l'échelle de la Wallonie. "Les demandes de logements sociaux sont beaucoup plus nombreuses", poursuit Michel Durieux. "Nous essayons d'augmenter notre parc comme nous le pouvons. Mais idéalement, il faudrait que le gouvernement wallon investisse pour construire des milliers de nouveaux logements, car les besoins sont criants."