Charleroi-Centre « A cause de mon problème de hanche, je ne pouvais pas me tenir au-dessus », clame Jean-Jacques.

La moustache posée tel un balai-brosse sur la lèvre, Jean-Jacques bougonne : non, il n’a jamais frappé sa femme. Et il l’a encore moins forcée à entretenir des rapports sexuels. Le juge Moulart, qui préside la 6e chambre correctionnelle, semble dubitatif. Il faut dire que tout accuse le quinquagénaire et en particulier sa propre épouse. Me Gras, l’avocat du prévenu, le concède : Jean-Jacques avait l’habitude de tremper ses bacchantes dans les verres de bière des bistrots de Carnières. Bref, il buvait comme un cochon et rentrait ivre mort chez lui, avec l’envie d’en découdre. Sa douce et tendre était devenue son souffre-douleur : elle voyait chaque soir les noms d’oiseaux lui voler à la face et, parfois, son ivrogne de mari décidait de l’enfermer dehors avec son fils, peu importe qu’il fasse nuit.

C’est d’ailleurs une voisine qui avait recueilli ces deux-là, tandis que Jean-Jacques cuvait sa vinasse, qui a prévenu les forces de l’ordre. « Au départ, seul le volet protectionnel a été activé pour assurer la sécurité du jeune garçon », explique le substitut Bury. « Mais ce dernier a déclaré avoir été témoin d’une scène de viol, son père tenant sa mère par les bras et la giflant pour ensuite abuser d’elle.

Interrogée, l’épouse a fini par reconnaître qu’au fil du temps, la relation s’était délitée et qu’elle ne désirait plus entretenir de rapports sexuels avec son mari. Mais quand ce dernier était beurré comme un car de hooligans anglais, il ne lui demandait pas la permission et passait à l’action, affirmant « que le viol entre époux n’existe pas ».

Pour Me Gras, l’affaire s’annonçait compliquée à plaider. Mais le pénaliste a soulevé un point essentiel : Jean-Jacques a été victime d’un grave accident qui lui a endommagé la hanche, l’empêchant même de monter un simple escalier. « Et lorsqu’il s’agit de relations sexuelles, il est incapable de se tenir au-dessus ! », a précisé l’avocat, laissant ensuite le président disserter sur l’aspect médical du Kamasutra.

Revenu à ses moutons, le juge a interpellé l’épouse du prévenu, qui ne s’était pas constituée partie civile et attendait blottie dans le fond de la salle. « Alors, vous étiez plutôt dessus ou dessous ? », a demandé le président, à la fois goguenard et malicieux. « Ah, j’étais toujours au-dessus. Je n’ai jamais parlé de viol. Ce sont les policiers qui m’ont forcé à dire ça », a répondu l’épouse, disculpant du coup son mari. Me Gras n’avait plus qu’à croiser les bras sur sa robe et demander l’acquittement pur et simple… Jugement le 31 janvier.