Charleroi-Centre Des riverains se sentent agressés. Ils y voient "une incitation à la haine et à la violence".

Un soldat allemand en position de tir, l’œil rivé au viseur de sa carabine : c’est l’image que l’on peut découvrir sur le pignon du bâtiment du Tir à Marcinelle, une propriété de la ville dans la rue Jules Bordet, haut lieu de la mémoire de la résistance durant la seconde guerre.

"Le site a été le théâtre d’abominables massacres", explique l’échevine PS du Tourisme et de la Jeunesse Julie Patte. "Une cinquantaine de personnes y ont été fusillées. D’ailleurs, il subsiste toujours le poteau d’exécution. La fresque a été réalisée par des stagiaires de maisons de jeunes, dans le cadre d’ateliers de vacances. Elle commémore cette page sombre de notre histoire locale, et a servi de trame à un travail éducatif."

Dans le quartier, l’œuvre souffle le chaud et le froid. À deux semaines de la commémoration du 70e anniversaire de la libération de Charleroi (NDLR : le 4 septembre) en 1945, des riverains se sentent agressés. Ils y voient "une incitation à la haine et à la violence", selon les termes de Dominique Daue. "Une arme pointée vers la rue dans une peinture murale, cela n’existe nulle part ailleurs en Europe sur un bâtiment public", déplore-t-il.

Sous peine de banalisation, il estime que cela mérite au minimum un débat démocratique. "Quel meilleur lieu pour le tenir que le conseil communal ?" Le seul souci est que la prochaine convocation est prévue au lendemain de la commémoration, le… 7 septembre. "Une œuvre, c’est par essence l’expression d’un engagement ou d’une émotion. Cela ressort de la liberté de l’artiste. C’est un moyen d’interpeller le public, de le provoquer même parfois." Jusqu’où peut-on aller ?" se demande Dominique Daue. "Où se trouve la limite entre l’audace et l’agression, le bon sens et le mauvais goût ? N’aurait-il pas fallu associer les habitants du quartier à la réflexion, leur soumettre le projet des grafeurs ? "

Autant de questions auxquelles le noyau d’opposants qu’il a mobilisé attendent et espèrent des réponses politiques. Pour sa part, l’échevine dit avoir consulté les associations patriotiques, qui ont validé le travail des jeunes. "L’ambition était de rappeler les tragédies qui se sont jouées au bâtiment du tir, en réhabilitant ce chancre. Dans le quartier, tous les riverains ne sont pas désabusés par le résultat. Les avis sont largement divisés." Le site devrait figurer dans un package touristique dédié aux lieux de mémoire. "Nous y travaillons pour le proposer au public dès 2016."