Charleroi-Centre Cécile s’est fait traiter de salope, Soumaya a été suivie en sortant de soirée, Ludivine s’est fait filmer à son insu dans sa cabine à la piscine, Tiffany a subi une agression sexuelle dans le tram : ces témoignages, et plus de 400 autres, ont alimenté une enquête "sexisme dans l’espace public" à l’initiative de Vie Féminine.

Le mardi 26 septembre, sa régionale de Charleroi-Thuin en présentera les résultats au monde associatif à l’Eden.

"Beaucoup de témoignages proviennent de la région", indique la secrétaire Christiane Houthoofdt. "La recherche s’est voulue plus qualitative que quantitative : pour dresser un état des lieux détaillé des violences subies au quotidien, souvent dans l’indifférence générale. Et sans véritable moyen d’action même si depuis 2014, une loi ‘sexisme’ sanctionne pénalement les gestes et comportements qui méprisent, gravement et publiquement, une personne en raison de son sexe."


Une seule plainte à Charleroi

À Charleroi, une seule plainte a été enregistrée au cours de l’année 2016. Et encore. Selon le porte-parole de la zone de police David Quinaux : "Elle émanait d’une policière qui s’était fait insulter lors d’une intervention. Ici, il y avait donc un auteur clairement identifié, des faits établis et des témoins, alors que dans la presque totalité des cas, les victimes n’ont aucun recours car les charges de la preuve leur incombent et qu’elles n’ont pas d’éléments incontestables à produire."

À l’origine de l’enquête de Vie Féminine, "les réalités de vie de jeunes femmes fréquentant nos collectifs", selon Pauline Legros, animatrice à Charleroi-Thuin. "À partir de remontées d’infos, notre réseau de vigilance contre le sexisme a initié et coordonné un large appel aux témoignages. L’opération s’est étalée sur le premier trimestre en Wallonie et à Bruxelles. Une répondante sur trois était âgée de 18 à 35 ans, ce qui correspond au public cible de nos collectifs. Notre enquête a été menée en ligne mais aussi via la collecte de formulaires papier, pour toucher un public diversifié." Conclusion : 98 % des participantes disent avoir déjà vécu du sexisme dans l’espace public.

Le phénomène est même courant pour la moitié d’entre elles. Comme l’observe Christiane Houthoofdt : "La culture du viol se présente comme une pyramide : à la base, il y a les petites choses insignifiantes du quotidien. Des petites choses qui renforcent et banalisent les stéréotypes sur les femmes, alimentent l’escalade, jusqu’à favoriser le viol."

© D.R.

"Il a carrément sorti son pénis"

Parmi les témoignages collectés, plusieurs ne manquent pas d’interpeller, voire d’édifier. Florilège:

  • "Après avoir été victime d’une agression sexiste, on se sent mal, on se demande si on est bien habillée, on se sent sale et pas en sécurité", Héléna (21 ans).
  • "On ne sait pas toujours si les frôlements qui arrivent dans un bus bondé sont volontaires ou pas. Je n’ai pas tout de suite réagi en sentant quelque chose contre moi. Puis j’ai regardé : misère, le mec avait carrément sorti son pénis pour le frotter contre ma robe. J’ai crié mais personne n’a bougé dans le bus. Le gars a pris un air dégagé et m’a traité comme une hystérique. Seule une jeune fille m’a dit qu’il avait commencé son affaire sur elle", Vinciane (26 ans).
  • "À la sortie de mon cours de boxe non mixte, après une séance de relaxation où je me sentais mieux que jamais, je croise deux petits mecs de maximum 17 ans. Au moment où je passe entre eux, celui de droite me colle une main au cul. C’est la première fois que je subis un attouchement en rue, je n’aurais jamais imaginé que ça puisse m’atteindre autant", Ludivina (22 ans).
  • "C’est difficile de faire une description complète des agressions tellement c’est arrivé souvent", Maud (23 ans).


Les chiffres

405 : Vie Féminine a collecté 405 témoignages de femmes âgées de 18 à 35 ans.

91 : 91 % d’entre elles sont établies en ville.

1/4 : Une femme sur quatre a été victime d’agressions physiques (main aux fesses, attouchements, frottements).

74 : 74 % des femmes victimes d’agressions sexistes disent en avoir parlé à leur entourage. Celles qui ne le font pas estiment que ce type de situations est banal, "ça ne fait même pas réagir les passants."

4 : Humiliation, stress, colère et culpabilité : ce sont les quatre sentiments les plus souvent exprimés par les femmes qui ont vécu une telle situation dans l’espace public.