Charleroi-Centre

Un colloque à Charleroi sur les violences faites aux femmes invite un "masculiniste" québécois.

Grosse polémique sur les réseaux sociaux depuis avant-hier : l’ORS - Espace libre, une ASBL carolo d’aide aux victimes, organise une journée de conférences sur le thème de la violence conjugale et a invité Yvon Dallaire, un auteur québécois pour le moins… polémique.

Il s’agit d’un psychologue qui exerce dans le privé, à qui l’on doit des phrases comme "un décolleté plongeant, ce n’est pas du harcèlement non verbal ?", "il serait temps que les hommes se libèrent du joug des femmes", ou encore "tous les humains sont égaux, mais […] le rôle des hommes dans la société, c’est de structurer".

Yvon Dallaire est également un fervent défenseur de l’aide et le soutien aux auteurs dans les faits de violence conjugale, partant du principe que les violences viennent en fait des deux côtés. Bref, il a de quoi plaire aux féministes…

Et justement , celles-ci ont directement embrayé après l’annonce du colloque, qui doit lui céder la parole pendant une heure, en vidéoconférence, le 28 novembre prochain. "Nous ne laisserons pas ce monsieur, en une intervention, détricoter tout le travail de terrain mis en place depuis des années", s’indigne Perrine Pigeon, militante féministe, responsable d’une association d’aide aux victimes et assistante-doctorante à l’UCL. "Inviter quelqu’un comme ça, quelle image ça donne à Charleroi, à la politique locale et à l’action des associations de la région ?"

D’autres avis de ce type fleurissent sur la Toile : "c’est comme inviter un négationniste à une commémoration de la libération des camps de concentration", peut-on lire. "Et si on invitait l’extrême droite à un colloque sur les violences racistes ?" propose une autre personne.

La Fédération Wallonie-Bruxelles et la Région Wallonne, dont les logos sont présents sur l’invitation au colloque, ont été contactées par les féministes. Le cabinet du bourgmestre a aussi été interpellé mais n’a pas encore apporté de réponse. L’échevin de l’égalité des chances a indiqué que le Conseil Consultatif égalité homme-femme était en train de préparer une réaction officielle. Quant aux organisateurs de l’ORS, ils n’ont pas répondu à nos sollicitations, mais ils ont répondu sur leur page Facebook à des militantes en colère : "ce colloque est l’occasion de penser autrement et d’entendre d’autres points de vue, même si ces derniers sont enclins à la polémique."

Trois écoles dans les féministes révolté(e)s par les positions d’Yvon Dallaire : celles et ceux qui veulent l’annulation pure et simple du colloque, ceux uniquement en faveur d’une déprogrammation de l’auteur polémique, et enfin ceux qui se disent prêt(e)s à l’écouter… mais à condition qu’il y ait un débat contradictoire et qu’il ne puisse pas simplement "débiter" ses visions de la société. "Par contre, tout le monde est unanime : c’est un colloque juste de mecs qui vont parler de la violence faites aux femmes, il n’y a aucune parité dans les intervenants, et ça n’est pas normal", précise Perrine Pigeon.

"Au Québec, je suis l’homme à abattre"

Contacté, Yvon Dallaire ne s’est pas étonné de la polémique qui enfle chez nous, de l’autre côté de l’Atlantique. "Au Québec aussi, je suis l’homme à abattre, avoue dans un accent canadien celui qui se définit comme "hoministe". J’ose dire des choses qu’on sait depuis des années, mais quand je le dis, je me fais régulièrement insulter de patriarche et d’antiféministe. Et ici, vu le thème du colloque, je me doutais bien que tous les groupes de défense des femmes allaient réagir…" L’auteur, que nous avons confronté aux différents commentaires des réseaux sociaux, s’explique : "Ce que je veux, c’est qu’on sorte du préjugé de l’homme violent et de la femme victime : il y a énormément de cas où les deux personnes du couple sont violentes, et c’est l’escalade. La violence n’est pas le problème, c’est un symptôme, celui de la souffrance humaine. Une femme battue c’est une de trop, pareil pour un homme." Annuler sa conférence ? Il n’y est pas favorable. Par contre, Yvon Dallaire serait "tout à fait d’accord" pour un débat contradictoire. "Je suis toujours prêt à débattre rationnellement."

"Il est dangereux", réplique Perrine Pigeon, la militante carolo. "Est-ce qu’on peut laisser quelqu’un avec une idéologie masculiniste affichée prendre la parole, comme ça, alors qu’il n’y a personne en face de lui pour débattre, sur une question comme celle de la violence ? C’est prendre le risque de détricoter tout le travail fait sur le terrain. Il faut que les politiques locale et régionale se positionnent, mais aussi qu’on arrête de mélanger victimes et auteurs."