Charleroi-Centre Le sculpteur "mal-aimé" s’oppose à la disparition de son œuvre, Passation.

"À Charleroi, je suis le sculpteur mal-aimé." Martin Guyaux ne veut pas se résoudre à voir ses œuvres disparaître de l’espace urbain. "C’est pourtant ce que la Ville veut m’imposer", déplore-t-il.

Ses créations sont spectaculaires : dans le quartier des Finances, la colonne qui porte son prénom culmine à 21 mètres. Une pièce de 70 tonnes deux fois plus lourde que Passation comme il a appelé les trois mains qui ornent le rond-point des Beaux-Arts. D’un côté comme de l’autre, des travaux de rénovation urbaine se profilent à l’horizon. Les œuvres doivent donc quitter les lieux, pendant la durée du chantier. Pour ne jamais revenir ? C’est sa crainte.

L’artiste veut être associé au choix des nouveaux emplacements. Selon lui, Passation doit rester dans la ville. "Il est hors de question qu’elle s’en aille dans le parc de la Serna comme le bourgmestre me l’a suggéré. Il en convient : l’œuvre inspire une vision négative. Au point où le bouwmeester lui-même m’a dit qu’elle était hard , qu’elle ne correspondait pas à l’image du renouveau de Charleroi."

Si l’artiste peut comprendre la critique, il déplore que rien n’ait jamais été fait pour la mettre en valeur : "Son socle est inachevé, elle ne bénéficie d’aucun éclairage. Peu d’œuvres en Belgique ont été à ce point négligées. Ce qui est révoltant et indigne." Si aucun choix n’est encore tranché, Martin Guyaux redoute une disparition définitive. "Que mes sculptures subissent le même sort que les Trois coqs de Charles Delporte, remisés dans un hangar on ne sait où. Et qu’elles soient perdues à jamais."

L’artiste estime qu’à Charleroi, le design a pris la part sur l’expression monumentale. Exemple : "L’installation de poutrelles noires et blanches à hauteur de Ville 2 (NdlR : une œuvre mise en place par l’ancien bureau d’architectes du bouwmeester). J’ai surtout le sentiment d’appartenir à une génération sacrifiée d’artistes parce qu’ils ont eu le malheur d’obtenir des commandes publiques sous la précédente mandature, à l’ère Van Cau."