Charleroi-Centre Philippe Maystadt était Carolo de nature: son père travaillait dans les mines de Farciennes, et est décrit comme "l’un des plus grands politiques que la région de Charleroi ait connu."

Sur les réseaux sociaux, c'est toute une classe politique qui se mobilise pour rendre hommage à cet homme d'Etat qui aura marqué les mémoires.

"Il était l’une des personnes qui m’ont donné envie de m’engager en politique. Il restera un modèle" , souligne Eric Goffart (échevin cdH des Travaux), ému. "Philippe Maystadt est l’un des plus grands politiques que la région de Charleroi ait connu et dont nous pouvons être fiers." Même réaction chez son collègue Mohammed Fekrioui, qui s'était engagé en politique grâce à lui, en 1991: "C'était un homme sage, brillant, remarquable... un véritable modèle politique."

Du côté du MR, le président du parti Olivier Chastel, lui aussi carolo, rappelle qu'il gardait toujours un œil attentif sur sa région de Charleroi : "Il en a d’abord été un acteur de premier plan, dépassant les intérêts partisans, mais a ensuite continué à en observer tous les soubresauts socio-économiques et politiques. Philippe Maystadt était un sage dont l’avis comptait toujours. Il a fortement marqué tous ceux qui l’ont côtoyé."

"Je tiens à rendre hommage à ce Carolo qui a toujours eu à coeur la défense des intérêts de notre Arrondissement, de notre Région et de notre Pays" , ajoute Philippe Knaepen, président de la Fédération MR de Charleroi.

Le bourgmestre socialiste de Charleroi, Paul Magnette, regrette "avec une infinie tristesse la disparition de Philippe Maystadt, un homme d’Etat dans le sens le plus noble du terme et un grand carolo."

"Un grand homme qui incarnait à lui seul la gauche du PSC (NdlR: aujourd'hui cdH)" , complète le président de la Fédération PS, Eric Massin. "Au revoir Phillipe, les Carolos ne t’oubliront pas de si tôt ! Tu as marqué de ta personnalité la vie politique belge et notre Pays noir…"

Et bien d'autres Carolos, politiques ou non, rendent eux aussi hommage à l'ancien ministre, et témoignent leurs condoléances à la familles et aux proches.

Maystadt, du gendre idéal à l’homme d’Etat

Philippe Maystadt avait découvert la politique en devenant conseiller en 1974 au cabinet ministériel d’Alfred Califice, le ministre PSC élu de Charleroi et qui affichait à l’époque des scores électoraux autrement élevés que ceux des autres partis carolo. Trois ans plus tard, une assemblée du PSC de l’arrondissement choisissait le jeune conseiller, pour en faire un parlementaire. Philippe Maystadt, à l’époque, c’était le gendre idéal : quelque chose de rassurant, et qui sourit en disant bien les choses, en les expliquant clairement, si compliquées qu’elles soient. Parlementaire, il menait des permanences sociales, cultivant la proximité naturelle. En 1980, le PSC carolo s’est offert le luxe d’avoir deux ministres : Maystadt était secrétaire d’Etat, Califice achevait son dernier mandat ministériel.

De scrutin en scrutin, Maystadt n’a cessé d’accroitre son assise. L’électorale, avec des scores ébouriffants. La politique, en s’imposant face aux autres élus da la région. Les libéraux d’Etienne Knoops et de Jacqueline Mayence, le PS de Philippe Busquin doivent s’en souvenir et se sont rapidement rendu compte que, sous le sourire de l’homme rassurant, se trouvait un redoutable débatteur, capable de capter les assemblées par sa pédagogie. Il rendait ses auditeurs intelligents, disait-on.

On l’a vu aux Affaires économiques, à la Fonction publique, aux Finances surtout. L’homme fort s’est au fil des ans, coulé dans la forme de l’homme d’Etat et de l’européen convaincant parce que convaincu. Sur le terrain carolo, il s’était refusé, avant que ce soit la mode et l’obligation, à être candidat aux communales : le décumul avant la lettre, en somme.

Après sa carrière politique, il est devenu président de la Banque européenne d’investissement. Même de loin, il restait attaché à Charleroi. Alors bourgmestre carolo, son compagnon de route Jean-Jacques Viseur l’avait invité sur le terrain : un gros dossier appelait ders fonds que Maystadt pouvait débloquer. Ce fut fait, discrètement.

Depuis sa retraite, on l’appelait encore, pour un avis, sage et pondéré, sans les faux éclats du matamore de salon. Il s’était aussi intéressé au micro-crédit, et ceux à qui les banques le refusent. Il était venu à Charleroi, encore, pour inaugurer une de ces agences, comme on boucle la boucle, des Fiances du pays à celles de l’Europe, à la proximité, toujours.