Charleroi-Centre

Si elle est socialement nécessaire, la prostitution touche aux tabous de l’argent et du sexe. Quelle place faut-il lui donner à Charleroi, où la rénovation du quartier du Triangle l’en exclut " sans espoir de retour ", selon l’échevine Véronique Salvi (CDH), en charge d’organiser une cohabitation acceptable dans la ville ?

Saisissant l’occasion de la présence d’une expo de Frédéric Pauwels sous l’intitulé L’Envers du décor, le musée de la Photo a ouvert le débat. Pour en parler : des prostituées, des riverains, des travailleurs sociaux, des citadins autour de quatre acteurs en 1re ligne - la responsable de l’association du secteur Espace P, Cécile Cheront; les anthropologues Emmanuel Nicolas et Antony Artigas, et l’échevine Salvi.

Celle-ci a rappelé le cadre légal dans lequel s’organise l’activité : si la prostitution n’est pas un délit, il n’en va pas de même pour son exploitation (la traite des êtres humains) et le racolage, qui constituent des infractions pénales.

À Charleroi, la délocalisation de la prostitution du quartier du Triangle l’a vue se disperser à la ville basse, d’une part autour de la cité des Finances plutôt que dans la rue du Rivage, où les filles étaient en situation d’insécurité, de l’autre rue Léopold et sur les quais de Sambre où les riverains en vivent mal les dérives.

André et Béatrice Lierneux ont brossé un tableau édifiant d’une situation qui semble échapper totalement au contrôle de la police : concentration de drogués et de souteneurs, présence de filles très jeunes issues de l’immigration, provocations et représailles, violences. En un mot : "l’enfer".

Ils ne sont pas les seuls à s’en plaindre : l’échevine Salvi a recueilli de nombreuses doléances de parents dont les enfants fréquentent les écoles du coin. "Des filles s’affichent en rue en guêpières et bas nylon, négocient les tarifs à voix haute…" Selon les travailleurs sociaux du secteur, ce n’est pas le profil type des femmes qui vendent leurs charmes à Charleroi, le plus souvent précaires.

Une sur deux est mère de famille et exerce l’activité de jour, comme Maëlle (34 ans) et Maité (42 ans). Quelle solution pour réguler le secteur ? Salvi l’a dit et le répète : "ni Eros center ni villa Tinto sur le modèle d’Anvers". Quant aux sex-boxes comme à Zurich, les filles ne sont pas très chaudes non plus. L’échevine a demandé à chacun des acteurs de renouer le dialogue, parfois rompu. Une première avancée indispensable pour s’engager dans la concertation.