Charleroi-Centre La veillée entre gens du voyage avait fini dans le sang.

La nuit du 14 au 15 février 2014 devait être celle du recueillement, dans la paisible bourgade de Saint-Amand, dans l’entité de Fleurus. Elle a donné lieu à un affrontement qui s’est terminé dans le sang, entre deux clans déchirés après une rupture.

Joseph Debrune était poursuivi pour le meurtre d’Ida Gurdal, qu’il connaissait pour avoir été la mère de son ex-petite amie. La rupture avait mal tourné, les clans s’échangeant des injures via Facebook et des coups de téléphone vengeurs. La veillée funéraire leur a hélas donné l’occasion de se rencontrer, avec un bilan dramatique : Joseph Debrune a porté un coup de couteau mortel à Ida Gurdal, lui tranchant la carotide. Quelques secondes après, Fernando Gagglioli, le compagnon d’Ida, frappait Debrune d’un curieux instrument, un couteau bricolé en lance au bout d’un manche de brosse de plus d’un mètre.

Debrune s’en est remis : poursuivi pour meurtre, il était à quelques pas de Gagglioli, poursuivi pour tentative de meurtre, sur les bancs de la correctionnelle à Charleroi.

La version de Debrune tient en quelques mots. Il a, dit-il, été blessé par Ida et il a répliqué, en utilisant le couteau qu’il avait sur lui depuis l’âge de 7 ans comme il est normal, a-t-il dit, puisqu’il est gitan. Quant à Fernando Gagglioli, il a reconnu le coup porté à Debrune : il a vu que sa compagne Ida était touchée, et il a poursuivi l’agresseur et l’a blessé, avec cette lance bricolée amenée sur place.

Il mérite 15 ans de prison

Pour le parquet, c’était l’aboutissement de mois d’affrontements, de menaces en tous genres, qui avaient amené Debrune à se focaliser sur la mère de son ex-copine, alors qu’il aurait mieux valu qu’il quitte les lieux, cette nuit-là. Il y a bien eu volonté homicide, et qui doit lui mériter 15 ans de prison, comme la tentative de meurtre de Gagglioli doit lui valoir 5 ans de prison.

Partie civile de la famille d’Ida Gurdal, Me Mayence a parlé, à propos de Debrune, d’une "bombe à retardement", entretenant un climat d’agressivité et de peur, dans un contexte de consommation d’héroïne et de cocaïne. L’intention de tuer a bien existé, a plaidé Me Mayence.

En revanche, le défenseur de Debrune, Me Lauvaux, a parlé de "torts partagés" dans le climat entretenu entre les clans. Pour lui, le coup de couteau mortel donné par Debrune l’a été parce qu’il se sentait menacé et avait été blessé : il y a légitime défense et il faut l’acquitter.

À la défense de Gagglioli, Me Pierre Deutsch a lui aussi plaidé l’acquittement, en évoquant l’émotion ressentie par son client, submergé quand il a vu sa compagne agressée par Debrune, et ne maîtrisant plus ses actes.

Jugement le 8 janvier.