Charleroi La course carolo réunit des amoureux de colombophilie de nombreux pays.


Après des années de bisbrouilles avec les organisateurs, la Mairie de Marseille a enfin donné son accord pour la reprise du lâcher international de pigeons voyageurs. Une course bien de chez nous, puisqu’elle a été créée en 1957 par Albert Stoclet, un Fleurusien passionné de colombophilie, et est aujourd’hui reprise par son fils et sa belle-fille, Daniel et Marie-Claire, qui habitent à Gosselies.

Le lâcher a eu lieu ce matin dès les premiers rayons du soleil sur la cité phocéenne, depuis l’esplanade Mucem. Un peu plus de 10.500 pigeons voyageurs ont pris leur envol pour retourner vers leurs pigeonniers respectifs, dans le Nord de la France, le Royaume-Uni, l’Allemagne, les Pays-Bas, le Luxembourg et bien sûr la Belgique.

Un voyage de moins d’un jour pour les volatiles, allant de 675 km pour les pigeonniers français les plus proches du départ jusqu’à 1.300 km pour certains Allemands. L’objectif : arriver le premier à son nid, et remporter le prestigieux titre de "Marseille 2018". Il y a bien entendu des tables de conversion de vitesse par kilomètre en fonction de la distance entre le départ et l’arrivée, mais laissons là les détails techniques.

Quel pigeon deviendra le grand champion de cette édition ? Peut-être un Carolo : il y a déjà eu par le passé un gagnant de Lobbes, un autre de Froidchapelle s’en était très bien sorti il y a peu.

© van Kasteel

"Mon beau-père a créé la course"

Marie-Claire Cardinal, qu’on vous avait déjà présentée l’année passée pour son thriller dans le monde de la colombophilie belge, organise le lâcher international 2018 avec son mari Daniel Stoclet.

Il y a des participants carolos ?

"Le Club Fond Wallonie, basé à Fleurus, regroupe plusieurs clubs, tous de la région de Charleroi. On n’envoie cette année que 70 à 100 pigeons. Ça peut paraître peu, mais on a déjà eu plusieurs gagnants carolos, de Lobbes notamment. Par contre, c’est sûr que statistiquement, une centaine sur dix mille, ça fait peu de chances de gagner."

Comment est née la course ?

"Mon beau-père, Albert Stoclet, était un ancien résistant, qui avait été prisonnier pendant la guerre. Quand la paix a été signée, il a voulu créer une compétition pour rassembler les Wallons, les Français et les Allemands. Puis d’autres pays se sont greffés. Les Anglais par exemple : en colombophilie, ils ne font pas Brexit. Il y a environ 800 pigeons du Royaume-Uni cette année. Et les Luxembourgeois sont très bien placés, puisqu’il suffit pour les pigeons de remonter le Rhône, puis c’est tout droit, alors que beaucoup d’autres doivent bifurquer."

Quand arriveront les pigeons ?

"Oh ça va très vite. On a déjà essayé de rivaliser en remontant en voiture directement après le départ, et ils sont toujours avant nous. Un pigeon peut tenir les 120 ou 130 km/h, et il arrive à rester au-dessus des 60 km/h avec le vent de bec. Il peut parcourir jusqu’à 1.300 km par jour."

Comment motiver un pigeon ?

"Il y a deux cas de figure. Si c’est un mâle, on montre sa femelle avec un autre pigeon avant la course. Comme ça, il n’a qu’une seule idée, c’est de retourner au pigeonnier le plus vite possible pour se battre avec son rival, parce que si son compagnon est absent trop longtemps, la femelle en prend simplement un autre. Si c’est une femelle, par contre, on laisse ses petits au nid : elle veut alors retrouver sa nichée pour nourrir ses petits. Je précise que ce n’est pas de la maltraitance animale, parce que dans un couple de pigeons, le mâle s’occupe autant des petits que la femelle. Mais elle veut rentrer rapidement… parce que le mâle peut rapidement se lasser. Lui est par contre très fidèle."

Les volatiles s’arrachent à prix d’or

La compétition attire déjà des investisseurs, chinois notamment, qui ont pris contact avec les organisateurs pour voir si le pigeon gagnant sera mis en vente par son colombophile. 

Il faut savoir qu’un pigeon belge peut s’arracher à prix d’or : jusqu’à 365.000 euros pour un champion d’une bonne lignée, qui pourra à son tour faire des petits. Et il n’est pas rare d’en trouver qui s’échangent pour des dizaines de milliers d’euros. 

"Tout le monde ne vend pas, par contre", explique Marie-Claire Cardinal. "Mais oui, il y a parfois beaucoup d’argent qui circule autour des pigeons. Mon beau-père avait par exemple récompensé le gagnant du Marseille 1968 d’un million de francs." Une somme qu’on peut évaluer aujourd’hui, avec l’inflation, à un peu plus de 200.000 euros !