Charleroi Jean-Jacques Cloquet, le "big boss" de l’aéroport, tire la sonnette d’alarme.

La chaleur atteint tout le monde, le moral un peu amoché, les nuits désagréables, la soif… et même les CEO de grandes entreprises, comme Jean-Jacques Cloquet de BSCA, l’aéroport de Gosselies. Sauf que lui a aussi dû jongler avec les perturbations des grèves à Ryanair, les annulations de vols, les incidents avec Belgocontrol, la nouvelle politique des bagages à main de Ryanair et les tensions au sein de G4S.

  • Juillet, mois difficile ? "Celui-ci ? Le plus terrible que j’ai connu en 10 ans. Jamais je n’en avais vécu un comme ça… parce que quand les choses ne vont pas avec des entreprises tierces, ceux qui en prennent plein la gueule, c’est le personnel de l’aéroport. Vivement la fin, je pars trois semaines en vacances, ça va me faire un bien fou. Je le prends pour moi, quand un avion est annulé et que des dizaines de gens ratent leurs congés. Ces histoires avec Ryanair, ça me perturbe."
  • Comment éviter de revivre un mois comme celui-ci ? "C’est prévu : début septembre, il va falloir sérieusement réfléchir à améliorer les flux de passagers, pour ne jamais revivre ça. Sur le court terme, on doit s’améliorer pendant les périodes d’affluence, peut-être avec un système d’enregistrement automatique, pour éviter les files, et il faudra rediscuter de la politique des bagages avec Ryanair, parce que là, ça fonctionne pour eux, mais la sécurité, les bagagistes et les clients sont à bout."
  • Et ensuite ? "Ensuite, à moyen terme, d’ici 2 à 3 ans, il va falloir penser à des investissements plus importants, on est trop à l’étroit aujourd’hui. On n’a pas le choix."
  • Mais l’aéroport n’a pas les moyens. "Non, avec la redevance annuelle qui est passée de 3 à 15 millions d’euros, on est à sec. Ici, on attend plus de précisions pour fin août de la part du gouvernement. La volonté, c’était d’ouvrir davantage l’aéroport aux investisseurs privés, mais peu importe le moyen, ce qui compte c’est qu’on trouve des moyens d’investir et de se développer. Fin octobre, les travaux de la nouvelle surface commerciale, là où on avait les bureaux, vont commencer. Et puis l’allongement de la piste arrive enfin. Mais on doit aller plus loin."
  • Plus loin ? Comment ? "Il faut répondre au développement de l’aéroport de Charleroi : il y a de plus en plus de passagers, et de moins en moins de place. On a accompli des choses incroyables en 10 ans à BSCA, mais si on veut continuer à rayonner, il ne faut pas lâcher. On en est arrivé à un palier qu’on ne peut pas rater. C’est un milieu très compétitif, et je ne parle même pas d’autres aéroports belges, mais plutôt de Lille et d’Eindhoven, qui se développent à vitesse grand V. C’est là que je tire la sonnette d’alarme : dans l’aéroportuaire, tout va très vite, et ça joue énormément sur le développement régional. Il faudra peut-être revoir la régulation sur les concessions, par exemple, et se lancer dans le transit aussi, maintenant qu’on a commencé à accueillir des vols long courrier. On doit aussi diminuer le risque Ryanair : on était dépendant d’eux à 95 % avant, aujourd’hui 75 %, mais c’est toujours beaucoup. Très bientôt, on se réunit pour réétudier un plan à 20 ans : sur papier, ce sera déjà bien, mais il faudra se donner les moyens de le faire. Pas pour moi, j’ai 58 ans demain, je fais ça depuis déjà 10 ans… mais pour les suivants. Et pour la région de Charleroi."

Il se dit prêt à quitter l’aéroport

Un nouveau décret a fait perdre son titre d’administrateur-délégué à Jean-Jacques Cloquet. "La décision a été prise, il faut l’accepter, mais je suis déçu de voir une décision globale dans les entreprises à capital public à cause de certains dérapages. C’est une certaine injustice, ce titre va me manquer", explique-t-il. "Je prends l’exemple de mes sept enfants : si un ou deux déconnent, est-ce que je dois punir les cinq autres ? Il existe pourtant des dérogations à ce décret, mais les aéroports ne l’ont pas eu, parce qu’on n’est apparemment pas un milieu concurrentiel…"

Pour lui, c’était le titre, la position, qui étaient importants. "Je suis quasiment passé au titre d’invité maintenant…" Et si on lui propose un poste d’administrateur-délégué ailleurs ? "Je suis très fusionnel avec l’aéroport, j’ai eu des occasions que j’ai refusées. Mais avec ce décret et le fait que j’ai bientôt 58 ans, je dois penser à moi. Je continue à m’investir à 200 % mais si demain il y a d’autres perspectives, je pourrais y aller. Demain est un autre jour."

Il affirme que ce n’est pas une question de salaire : "On a des responsabilités énormes, encore plus importantes depuis le 22 mars, on l’oublie souvent. Et on attend de la considération, ce n’est pas une question de salaire pour moi, mais de titre. Il faut que le public soit concurrentiel avec le privé, sinon, le monde des top managers risque de devenir celui du sport : les très bons joueurs ne seront plus en Belgique."