Charleroi "L'avenir de l'aéroport passera pas un partenariat public-privé"


L’avenir de l’aéroport de Gosselies sur le long terme : une thématique importante pour le développement économique de Charleroi, mais aussi celui de la région wallonne et de la Belgique, que ce soit dans le domaine touristique ou plus simplement une question de rayonnement aux yeux des puissances étrangères et de nos voisins directs.

Le ministre wallon des Aéroports, Jean-Luc Crucke (MR), et le "big boss" de l’aéroport de Gosselies, le Carolo Jean-Jacques Cloquet, se sont livrés à une interview à bâtons rompus pour La DH.

Jean-Luc Crucke : "Il faut absolument miser sur les aéroports. Je dis toujours que les précédents gouvernements, je pense notamment à Antoine et à Kubla, ont eu raison de parier là-dessus, c’était une très bonne idée. À Charleroi, on sait que le développement ne peut que continuer dans le bon sens. Alors oui, cela a coûté cher, mais on ne fait pas d’omelettes sans casser des œufs."

Jean-Jacques Cloquet : "Il faut pouvoir le dire, avec fierté : la Région wallonne a fait un bon investissement en misant sur Gosselies. Le retour socio-économique est très bon pour Charleroi, et ce n’est que le début. Rien que BSCA, sans les compagnies, c’est déjà plus de sept cents emplois, on était à cent cinquante à peine en 2010. Même si l’on a perdu dix ans en procédures, l’allongement de la piste va permettre de faire tourner Air Belgium à capacité maximale : on a la chance qu’ils aient accepté de ne pas remplir leurs avions le temps que l’on fasse les travaux. Ils se sont même engagés pour dix ans ici dans un premier temps. Il faut savoir que les grosses compagnies aériennes s’intéressent de plus en plus aux aéroports secondaires. Mais il faut pour cela continuer à développer cet outil qu’est BSCA. On doit d’ailleurs refaire un master plan : celui de quatre-vingts millions a été bloqué par la Commission européenne [à la suite d’une plainte de Zaventem, le plan d’investissement wallon à Gosselies a été considéré par l’Europe comme une aide d’État illégale, NdlR], mais on a pu se rattraper en mettant quinze millions pour créer un second terminal, le T2 , et agrandir le T1 par la même occasion. C’est cela qui nous permet aujourd’hui d’accueillir de gros avions comme les Airbus A-340 d’Air Belgium, qui volent vers l’Asie aujourd’hui."

Jean-Luc Crucke : "C’est notre rôle, au gouvernement wallon, de donner les moyens au manager de s’étendre : surtout que, à Charleroi, on sait que Jean-Jacques est un enfant du coin, qu’il est intelligent et de qualité. Il y a des défis à relever, mais il en est parfaitement capable. Bon, la Région ne peut plus accorder d’aides d’État à l’aéroport… mais on va rester présents pour tout ce qui relève de nos compétences régaliennes, comme les investissements pour la sécurité. On va aider là où l’on peut. Pour le reste, par contre, il faudra trouver des investisseurs privés intéressés par des investissements à long terme. Je vais vous dire, on est même très courtisés, et de nombreuses pistes sont déjà sur la table pour la suite… notamment pour réaliser des vols vers l’Amérique du Nord. La prochaine étape de mon côté, c’est de créer un cadre légal pour permettre aux comités de gestion des aéroports de s’engager dans ces partenariats privés. C’est nécessaire si l’on veut monter, à Gosselies, à dix millions de passagers annuels d’ici à 2030. L’aéroport a déjà une longueur d’avance sur Liège, et l’inauguration d’Air Belgium montre que des gens sont intéressés."

Jean-Jacques Cloquet : "On manque par contre déjà de place, le T2 a déjà atteint le nombre de passagers que l’on avait prévu pour… 2022 ! On est en pleine analyse des infrastructures qu’il nous faudrait pour continuer à nous étendre, et devenir un aéroport de transit [comme l’est déjà le fameux aéroport London-Heathrow par exemple, NdlR] afin de doubler le nombre de passagers que l’on accueille. L’idée, c’est que l’on puisse venir de n’importe où et faire escale à Charleroi, et même aller n’importe où depuis Charleroi : Ryanair le fait déjà avec d’autres aéroports dans le monde, c’est à notre portée, et je peux dire que, même si rien n’est fait, Ryanair regarde vers Charleroi de très près à ce niveau-là. Ici à BSCA, on a déjà deux gros atouts : tous les accès autoroutiers, bien sûr, mais aussi le fait que l’on gère tout pour les compagnies de A à Z en interne. Par contre, il faut bien faire attention de ne pas trop dépendre d’une seule compagnie aérienne, je ne vais pas citer de nom, mais vous m’aurez compris. C’est pour cela que la multiplication des vols ces derniers mois est importante : Belavia, Air Corsica, Air Belgium… BSCA n’est plus aujourd’hui un aéroport low-cost. L’étape une, c’était d’aller vers d’autres hubs, pour y prendre une correspondance, c’est fait. L’étape deux - on y est aujourd’hui - c’est de pouvoir relier Hong-Kong et l’Asie directement. L’étape trois, ce sera de devenir un aéroport de transit."