Charleroi Le collectif demande la clarté sur les intentions de la Ville.


Le 12 juillet dernier, c’est sur proposition du ministre du Patrimoine René Collin (CDH) que le gouvernement wallon confirmait l’octroi d’un subside de 4 millions d’euros pour la préservation du haut-fourneau n°4 (HF4) de Carsid à Charleroi.

Ce montant sera-t-il entièrement utilisé pour racheter l’outil au groupe Duferco qui en est propriétaire ? Quelles sont les intentions de la Ville pour valoriser ce patrimoine exceptionnel ? Pour le collectif citoyen de sauvegarde du HF4, ces questions n’ont pas de réponses claires. "Raison pour laquelle nous comptons interpeller le collège communal lors d’un prochain conseil, avant les élections", annoncent Gérard Lorge, ancien ingénieur en sidérurgie, Luigio Spagnuolo, ex-travailleur de l’entreprise, et Gilles Durvaux qui préside le collectif. "Nous voulons aussi être associés au projet de revalorisation. Depuis la désignation d’un expert extérieur dans ce dossier, nous avons le sentiment d’en être totalement exclus."

Pour eux, il faut renoncer à démolir certains équipements directement liés au processus de production de la fonte. Et cela ouvre des pistes de financement pour sécuriser le site et le rendre visitable.

Par exemple, les cowpers ne figurent pas dans l’inventaire des éléments à préserver. "Au nombre de trois, ils font pourtant partie intégrante du fonctionnement du haut-fourneau et sont indispensables à la compréhension de l’ensemble. Comme ils présentent un coût élevé à la démolition en raison de concentrations d’amiante, leur maintien générera des économies pour le groupe Duferco. Nous les estimons à 3 millions d’euros. L’idée, c’est de les intégrer dans la valeur du rachat, et de dégager une marge budgétaire équivalente pour le réaménagement." Concrètement, ce sont donc trois millions disponibles pour soutenir un projet plus ambitieux que le seul éclairage des installations.

Même raisonnement pour l’ancien bâtiment des soufflantes, rénové voici 10 ans. Il renferme le poste de commande du HF4 ainsi que des machines indispensables au processus de production. "Nous devons prendre le temps d’y réfléchir. Dans ce cadre, nous avons réintroduit en mai une demande d’inscription sur la liste de sauvegarde du patrimoine wallon. Si elle est validée, les démolitions seront suspendues pendant un an !"

Faire de Carsid un pôle de la nouvelle économie

Pour le collectif citoyen, la sauvegarde du HF4 doit s’intégrer dans un projet global et ambitieux. "Nous ne voulons pas d’un nouveau mémorial à l’industrie" , indique Gérard Lorge. "Il y en a déjà un en région de Charleroi : c’est le Bois du Cazier où nous tenons nos réunions."

Dans ce cadre, le collectif est favorable à l’expansion économique et culturelle sur le site de Carsid. Reconversion d’anciens halls de production, implantation d’activités de pointe. À commencer par celles du creative digital, le secteur de l’économie numérique et de l’animation. "Nous avons déjà les leaders sur notre territoire, comme les Dirty Monitors, mais aussi Keywall ou Dreamwall à la recherche d’un nouveau bâtiment." Gérard Lorge suggère d’implanter là-bas un hub du numérique.

Deuxième piste : développer une filière logistique liée à l’e-commerce en exploitant le potentiel foncier. "Le site offre une étendue de 104 hectares, ce qui est susceptible d’intéresser des géants de l’e-commerce comme Amazon, Flipkart, Coupang ou Wish pour leur expansion en Europe."

Le lieu se prête aussi à l’organisation de spectacles. "Le décor du HF4 offre un écrin unique, il s’agit d’un lieu de projection et de tournage exceptionnel. Encore faut-il en préserver l’intégrité." Les anciens halls de chargement des matières minérales ont déjà été en grande partie rasés, rappelle Gilles Durvaux. "Outre leur aspect esthétique, ils auraient pu héberger des activités."

Autre piste : faire du site un vaste lieu de formation professionnelle.

Le collectif veut partager son expertise au profit de la collectivité. "En novembre prochain, on commémorera les 10 ans de la disparition de la ligne à chaud de Carsid", indique Luigio Spagnuolo. La traditionnelle marche aux flambeaux prendra une dimension particulière. Rendez-vous le 10 novembre.