Charleroi La DH fait le point sur la situation actuelle de l’ex-Caterpillar Gosselies.


On était le 2 septembre 2016, peu après 7 heures du matin, à quelques journalistes présents devant les grilles de Caterpillar Gosselies. Sur le site, des ouvriers qui attendent, eux aussi : un conseil d’entreprise extraordinaire va commencer. Et ça sent mauvais, on s’attend à une nouvelle restructuration. Puis la nouvelle tombe, tranchante : l’usine va fermer. Complètement. Alors que 2.200 personnes y travaillent.

Les semaines de manifestations et d’indignations qui ont suivi l’annonce auront servi : les politiques s’en mêlent, on finit par trouver un accord. Des primes pour les travailleurs, des cellules de reconversion du Forem pour aider à la remise sur le marché du travail, et le rachat du site, gigantesque et bien équipé, par la Région wallonne pour un euro symbolique.

Deux ans plus tard , où en est-on ? Le 30 juin dernier, les trente-huit derniers travailleurs ont perdu leur emploi, même s’il reste encore quelques licenciements à acter. Six personnes restent tout de même sur le site : elles ont été engagées à temps plein par la Soresic (société créée par le fonds d’investissement public Sogepa et l’intercommunale de développement économique Igretec) pour entretenir le site, qu’il puisse être rapidement opérationnel si les négociations pour qu’une autre entreprise reprenne le site aboutissent.

Les Chinois intéressés, mais le site est trop grand

On sait que les Chinois de Thunder Power sont intéressés. Ils pourraient utiliser Gosselies pour "une ou deux chaînes de production" de véhicules électriques en Europe, dans le but de dominer le marché d’ici dix à quinze ans. "Nous les avons encore rencontrés autour du 15 août, en Chine, mais les négociations doivent rester discrètes", confirme-t-on à la Sogepa.

Ce qu’on sait moins, c’est que les Chinois ne seraient pas intéressés par l’ensemble du site. "Trouver un repreneur unique pour 100 hectares, ce n’était pas envisageable, on le savait", confirme Thomas Dermine du plan Catch, qui s’est occupé de prospection dans le monde entier avec l’Awex, en essayant de "vendre" le site de Gosselies aux investisseurs. Même si les négociations avec Thunder Power sont "les plus avancées", rien n’est encore fait. Et même si un accord est signé, il faudra trouver d’autres repreneurs pour utiliser le reste du site, la portion que les Chinois ne prendraient pas. "Il y a eu beaucoup de marques d’intérêt", réplique Nathalie Czerniatynski d’Igretec. "On reste en contact avec des candidats sérieux, mais, pour la plupart, c’est beaucoup trop grand. On n’a pas de deadline, mais si les choses n’aboutissent pas à un moment, il faudra passer au plan B et valoriser le site sans les machines, en morcelant les terrains pour des petites entreprises."

C’est pourtant maintenant qu’il faut que ça se fasse : "Il faut éviter l’effet Immoweb. Si on met sa maison en vente et qu’elle y est toujours après six mois, les gens ne regardent même plus. Si personne n’a acheté, c’est que ce n’est pas intéressant", ajoute Thomas Dermine. Sans compter que l’entretien du site, à vide, coûte 2 millions d’euros par an.

Mais trouver un grand groupe industriel pour une reprise n’est pas aisé : on l’a vu avec l’usine Ford à Genk, puis Opel à Anvers. C’est l’occasion de donner un coup de boost à l’économie carolo, comme ça a été fait au Limbourg : quand on est au plus bas, où peut-on aller, sinon vers le haut ?

"Les travailleurs ont avalé la pilule"

Dans les cellules de reconversion du Forem, la colère des premiers mois est passée. Avec un programme exceptionnel de 4 millions d’euros, il fallait réorienter, former, encourager ceux qui ont perdu leur boulot.

Sur les 1.996 travailleurs concernés par l’aide à l’emploi, 821 ont retrouvé un emploi (67 % de CDI) et 764 sont toujours en recherche aujourd’hui. Les autres sont prépensionnés, en maladie ou absents du territoire wallon "Dès qu’un repreneur est connu, on aura une démarche proactive pour aller leur proposer des vrais pros qui savent utiliser les machines présentes sur le site", signale Thierry Ney du Forem.

À la FGTB pourtant, on râle un peu : "Ce sont surtout des employés qui ont retrouvé, les ouvriers c’est plus difficile", explique le président Antonio Cocciolo. "Les travailleurs attendent beaucoup de Thunder Power, il y a une bonne dose d’espoir. Ils ont avalé la pilule, ils veulent travailler", ajoute Roberto D’Amico, accompagnateur et ex-délégué syndical.


Chronologie

  • 1965 : Caterpillar, fondé 45 ans plus tôt aux USA, s’implante en Belgique et ouvre un immense site de production à Gosselies.
  • 2013 : Caterpillar Gosselies licencie 1.400 employés "suite aux mauvais résultats" dus à la crise de 2008.
  • 2014 : Caterpillar investit 150 millions d’euros à Gosselies. "Si l’on voulait mettre la clé sous le paillasson, nous ne ferions pas de tels investissements", promet le patron.
  • 2016 : Caterpillar annonce la fermeture complète de son usine à Gosselies, 2.200 personnes y travaillaient encore.
  • 2018 : L’usine passe officiellement aux mains des services publics, pour 1 euro symbolique : les négociations pour trouver un repreneur commencent sérieusement.