Charleroi Retour dans le temps avec les événements menant au 11 novembre 1918.


En janvier 1916, 400 000 jeunes soldats australiens débarquent sur le front français. C’est 10 % de la population australienne qui a répondu à l’appel de la Grand-Bretagne via le Commonwealth. Ils combattront les Allemands dans les tranchées dans les Flandres et la Somme (du côté d’Amiens).

Finalement, en 1918, la guerre des tranchées prend fin : les Allemands remontent vers l’ouest suite au débarquement des Américains. À la fin de l’été 1918, il y a tout juste 100 ans, les Australiens ont perdu 53.000 hommes et sont mis en réserve. Ils ne tireront pas un coup de feu durant la libération.

Mais à la mi-décembre 1918, ils arrivent sur le territoire wallon à 40.000 hommes, et établissent leur QG au château d’Ham-sur-Heure, avec quatre divisions réparties sur Châtelet, Marcinelle, Dinant et Sivry-Rance.

"C’était le premier réveillon de la paix, on était quelques jours avant Noël", explique l’historien local Bernard Lejeune. "Ils se sont dispersés un peu partout dans les villages, en logeant chez des particuliers, souvent dans la belle chambre pendant que les Belges étaient au front. Ils découvrent la neige qui tient, le traîneau et le patin à glace : il y a des photos incroyables de batailles de boules de neige dans la cour du château d’Ham-sur-Heure. L’autre grand coup de foudre, c’est la galette de l’an."

S’ils veulent tous rentrer au pays, le retour sera long : les derniers soldats australiens quittent le Vieux Continent à la mi-mai 1919. "Il faut relancer les lignes de chemin de fer, réparer les ponts détruits par la guerre. Mais il y a aussi deux raisons politiques : on craignait une révolution bolchévique et des mouvements sociaux en Belgique. Et puis l’armistice, ce n’est pas un traité de paix, il fallait être prêt au cas où les Allemands reprennent les armes." Pour occuper tout ce beau monde, on organise des cours à l’UT de Charleroi pour les jeunes partis au front au milieu de leur formation professionnelle, on fait des compétitions sportives avec notamment des courts de tennis au château de Loverval, du soccer, de la boxe, du cyclisme… et bien entendu des soirées dansantes où ils rencontrent des jeunes filles belges (lire ci-contre).

Pendant des mois , les soldats australiens se sont mêlés à la population locale. "Les Australiens étaient relativement bien vus chez nous. Ils ont par exemple organisé un Noël pour les enfants, avec des distributions de jouets qu’ils étaient allés chercher à Londres. Alors qu’on était au bord de la famine après la guerre, avoir des soldats près de chez soi, ça signifiait qu’on pouvait espérer avoir des parts de rations militaires", continue Lejeune. "Et à l’inverse, les soldats étaient ravis d’être ici, puisqu’ils dormaient pour la première fois depuis des années dans des draps, dans des pièces chauffées. Il y avait des couverts à table ! C’est autre chose que la gamelle…"

Quand vient le temps du retour, ils quittent les villages et se dirigent vers Charleroi Sud, la gare de départ vers Le Havre, puis l’Angleterre, et enfin l’Australie. On trouve chez nous de nombreuses traces du passage des troupes australiennes, notamment dans les noms de rues. Et là-bas, des soldats ont créé notamment le hameau de "Charleroi" et la Villa Nalinnes.


(illustration: bataille de boules de neige à la gare d'Ham-sur-Heure)