Charleroi Entretien avec Bernard Lejeune, qui a déterré ces parties oubliées de l’Histoire.

Pourquoi les Australiens ?

"J’ai commencé à m’y intéresser en 1990, parce que je suis tombé par hasard sur une Villa Nalinnes qui avait été construite en Australie, à côté de Sydney, par un soldat venu ici. Je leur ai écrit en passant par les bottins internationaux de Belgacom, à Bruxelles : la fille de ce soldat y habitait toujours, et elle est venue en Belgique avec les premiers documents de ce qui allait devenir une immense recherche. Je suis aussi allé en Australie, en 2002, pour aller fouiller les archives nationales pendant trois jours. Aujourd’hui, on a la chance d’avoir Internet, ça facilite vraiment la vie."

Il n’y avait pas de documents chez nous ?

"Pas sur la présence australienne, non. Il y a quelques petits journaux locaux, mais assez peu finalement. Et les derniers témoins directs étaient sur le point de disparaître, à 90 ans et plus. Heureusement, il y a toujours des photos, des objets qui traînent dans les greniers des familles du coin. En Australie en revanche, j’ai pu retrouver 550 journaux personnels de soldats, dont une dizaine sont passés par Charleroi. Les déplacements au jour le jour y sont consignés. Ils ont aussi des milliers de photos."

Et ce que vous avez trouvé vous a passionné

"Oui, c’est assez fou. 10 % de la population australienne se sont engagés volontairement. L’Australie n’avait pas d’armée. Ils ont envoyé 400.000 jeunes, et il y a eu 53.000 morts. Un des bilans les plus terribles de la Première Guerre mondiale, proportionnellement. On ne peut pas se permettre de les oublier."