Charleroi Dealeurs isolés ou association de malfaiteurs ? Le parquet requiert jusqu’à 4 ans de prison ferme.

C’est en juin 2017 que la section ORA (stups) de la police locale de Charleroi a eu vent des activités suspectes de Mustapha G., un dealer bien connu des enquêteurs pour avoir été condamné à plusieurs reprises pour trafic de drogue. Cet homme en séjour illégal a donc été pris en filature et, dès novembre 2017, l’affaire a été mise à l’instruction, ce qui a permis de mettre un GSM sur écoute.

Les conversations captées par les forces de l’ordre ont mené à la surveillance d’autres numéros de téléphone appartenant vraisemblablement à des fournisseurs de cocaïne et d’héroïne. C’est ainsi qu’en avril 2018, le juge d’instruction a ordonné trois perquisitions simultanées. La première, menée à la rue du Mambourg à Charleroi, a permis l’interpellation d’un petit dealer et la saisie d’une faible quantité de marijuana. Mais le suspect visé, un certain Salim B., n’était pas sur place et n’a jamais pu être interpellé. La deuxième s’est déroulée au domicile d'Habib M., sis rue de Marcinelle à Couillet. On y a retrouvé 19 grammes de coke, 57 d’héroïne et près de 9000 euros. Mais l’occupant des lieux, lui, n’a été pincé qu’un peu plus tard, à bord de sa voiture. Là, les policiers ont encore découvert 19 boulettes de coke et un "bloc" d’héroïne cachée dans la trousse de secours. L’analyse du GSM d’Habib a démontré des contacts avec un numéro hollandais, preuve qu’il a bien importé des produits stupéfiants pour les écouler en Belgique.

Enfin, la troisième perquisition s’est déroulée à la rue du Berceau à Marcinelle, chez Adil H., déjà condamné pour trafic de drogue. Cette fois, la prise fut plus importante : on y a saisi 750 grammes de cocaïne, 90 d’héro, 500 euros et le kit du parfait petit dealer. "Je reconnais que je dealais depuis 6 mois, mais seul", explique ce dernier. "J’achetais 150 à 200 grammes de coke tous les 15 jours. Mais si on retrouve 750 grammes chez moi, c’est parce que mon fournisseur devait reprendre de la marchandise de mauvaise qualité."

Car du côté du parquet, on estime que le trafic était bien organisé et qu’il faut retenir l’association de malfaiteurs. Ce sont donc des peines de 40 mois et de 4 ans de prison qui ont été retenues contre Habib et Adil.

Me Lauvaux, conseil de ce dernier, demande l’acquittement pour l’association, mais une peine de travail pour le trafic. "Sa femme était en médiations de dettes, c’est pour ça qu’il a replongé. Il a appris à parler français, il a suivi une formation et sera prochainement engagé comme boulanger. Une peine ferme ferait tomber son sursis et hypothéquerait tout reclassement". L’avocat d’Habib, lui, a sollicité une suspension du prononcé. Quant à Mustapha, le suspect à la genèse de cette affaire, il n’est bizarrement poursuivi que pour le séjour illégal. Il a depuis lors, dit-on, regagné son pays d’origine.