Charleroi L’échevinat du Patrimoine vient de cartographier les sgraffites.

Comment embellir la ville de Charleroi à moindre coût ? Dans l’une de ses compétences qui est le Patrimoine, l’échevin Mohamed Fekrioui (CDH) a imaginé une formule originale pour répondre à cette attente : accompagner les propriétaires de maisons décorées de sgraffites dans leur démarche de demandes de subsides afin de les restaurer.

Les sgraffites, ce sont ces ornements dont se parent de nombreux bâtiments Art Nouveau. Ils se trouvent le plus souvent dans les tympans ou allèges de fenêtres, voire sous les corniches. Ils représentent des motifs floraux ou végétaux, souvent stylisés, des visages féminins, de face ou de profil parfois inscrits dans un médaillon, des éléments liés à l’histoire ou à la mythologie.

Depuis 2015 , l’historienne de l’art Marie Wautelet qui travaille au cabinet de l’échevin les a inventoriés pour les cartographier. Une vraie chasse aux trésors. "À partir de Google Maps, j’ai inspecté rue après rue toute l’entité", explique-t-elle. "Je suis allée sur le terrain valider les résultats de mes recherches." Ainsi s’est constitué un cadastre inédit qui sera bientôt numérisé et accessible à tous.

Chaque propriétaire a reçu un dépliant explicatif sur cette technique d’art décoratif très prisée en Wallonie à la fin du 19e siècle, et jusque dans les années vingt. "Nous proposons aux propriétaires qui le souhaitent de les aider dans leurs formalités auprès de la Région wallonne afin d’obtenir une intervention financière dans le cadre du budget alloué au petit patrimoine wallon. Plafonnée à 7.500 euros, l’aide permet souvent de couvrir l’entièreté du coût des travaux. Et elle ne représente aucune charge pour la Ville en dehors de notre appui administratif."

Le plus ancien et le plus grand est celui qui décore la Maison dorée rue Tumelaire, là où se trouve la Maison de la presse. Les plus tardifs viennent dans les années vingt. Sur une façade de Mont-sur-Marchienne par exemple, l’un porte le millésime 1924.

Le plus récent date de… 2017. On le trouve rue Léon Bernus chez des amoureux de l’Art Nouveau qui l’ont commandé à l’artiste ixelloise Elrira Iozzi.


Un chantier qui n’a rien coûté

Rue du Basson, Sophie Mercier et son époux viennent de rénover les sgraffites de leur façade. Grâce au subside régional, le coût de l’opération a pu être entièrement couvert, une dépense qu’ils n’avaient pas la capacité de financer eux-mêmes. "C’est le propriétaire d’un immeuble Art Nouveau du boulevard Mayence qui nous a orientés vers l’échevinat du Patrimoine, explique Sophie Mercier. "Nous avons été assistés dans la rédaction de notre dossier." 

L’artiste restauratrice Elvira Iozzi de la société Ikonos a réalisé le chantier. Minutieusement, elle a relevé le dessin et rendu leurs couleurs d’origine aux motifs. Les techniques employées sont identiques à celles d’il y a un siècle : travail à l’aide de chaux aérienne et de sable, utilisation de pigments colorés et parfois de feuilles d’or. Certains ornements ne lui sont pas étrangers : "Celui de la rue du Basson à Marcinelle a une réplique exacte à Saint-Gilles", rapporte-t-elle. 

On peut ainsi refaire des liens avec les créateurs, car les sgraffites ne sont jamais signés. "Ici, il est attribué à Gabriel Van Dievoet, qui a aussi réalisé la Maison dorée. C’est l’un des maîtres de cet art décoratif aux côtés de Paul Cauchie."