Charleroi

Le parquet a requis 2 ans de prison avec sursis contre le septuagénaire

Jacques s’avance à la barre du tribunal correctionnel de Charleroi, traînant le pas. Son échine courbée porte le poids d’une vie qui n’a pas été rose tous les jours. A 75 ans, cet homme vit à Epinois, dans un logement insalubre, avec un téléviseur rafistolé comme seule compagnie. « Jaco », comme on le surnomme dans son quartier, est accablé : s’il comparait devant la justice pour la première fois après 75 années d’existence, c’est pour outrages aux moeurs et attentat à la pudeur envers deux gamins.

Le prévenu éclate en sanglots et tente, en quelques borborygmes, d’expliquer ce qu’il s’est passé ce jour-là, en 2016. Vivant plutôt en ermite, Jacques avait fait l’acquisition d’une antenne satellite pour regarder le foot. Mais pour installer son bricolage, il avait semble-t-il besoin de morceaux de bois qu’il est allé quérir dans la forêt. Sauf qu’une fois dans la végétation, une envie soudaine lui a pris au niveau du bas ventre et il s’est empressé de l’assouvir manuellement. « J’étais seul, je n’avais pas vu les enfants », pleure le prévenu que les gamins ont surpris en pleine action, le pantalon sur les chevilles, terminant sa petite affaire.

Mais pour le substitut David Dufrasnes, l’acte était bel et bien délibéré. « Les deux garçons se sont sentis piégés au point que l’un d’eux a appelé son père », explique le parquet qui estime établie la prévention d’attentat à la pudeur avec menaces. « Jaco », lui, s’effondre à nouveau en larmes :« Non, je n’ai jamais voulu faire de mal. Je ne savais pas qu’ils étaient là, je le jure », rabâche-t-il, en sanglotant de plus belle lorsque le Ministère public réclame une peine de 2 ans de prison avec sursis probatoire à son encontre.

Me Cerquetti, qui défend le septuagénaire, tente de l’apaiser un peu par sa plaidoirie. « Oui, il y a bien eu outrages aux moeurs. C’était la première fois qu’il faisait cela en-dehors de ses quatre murs. Il ne sort de chez lui que pour aller faire ses courses. A 75 ans, il n’a pas de casier judiciaire. Il n’avait vraiment pas vu les deux garçons et ceux-ci font d’ailleurs des déclarations contradictoires lorsqu’ils disent qu’ils se sont sentis piégés ». Bref, c’est une peine de probation autonome que l’avocate a sollicité pour son client.

« Jaco », lui, s’est effondré une fois de plus en sortant de la salle. « J’ai honte, jamais je n’ai voulu faire du mal », a-t-il ressassé en quittant les lieux, telle une âme en peine…