Charleroi À ce stade, on manque d’indicateurs pour l’établir selon Magnette.


Depuis le 1er mars, les activités de propreté de Charleroi sont partiellement opérées par l’intercommunale Tibi (ex-ICDI) : elle assure un service all inclusive dans l’intra-ring et le balayage mécanique de la voirie en dehors.

Si les résultats sont au rendez-vous en matière d’efficacité et de productivité (NdlR : 22.000 kilomètres de trottoirs nettoyés dans le centre-ville en un semestre), des surcoûts grèveront à coup sûr le budget communal, compte tenu des charges fixes. Le modèle est toutefois promis à se mutualiser : des communes comme Aiseau-Presles, Farciennes ou encore les Bons Villers y ont marqué leur intérêt.

Quel sera le montant de la facture pour les citoyens carolos ? À ce stade, c’est encore la bouteille à l’encre. Ou alors le collège préfère ne pas communiquer.

Alors que l’on imagine que l’échevine des Finances Françoise Daspremont, par ailleurs présidente de Tibi, est en dialogue avec elle-même, le bourgmestre Paul Magnette a informé le conseil que c’était impossible à chiffrer à ce stade, faute d’indicateurs budgétaires. Mais devant l’insistance du conseiller CDH Mohamed Kadim qui lui demandait des comptes, il a tout de même lâché l’estimation de quelques centaines de milliers d’euros. Combien ? Les précisions ne viendront que plus tard, après les élections. En attendant, un collège communal extraordinaire vient de valider l’extension du périmètre d’action.

D’ici peu, trois nouveaux quartiers d’entrée de ville seront couverts par le service au même titre que l’intra-ring, ce qui correspond à une augmentation de 23 %. Il s’agit des quartiers du Spiroudome et de la clinique Notre Dame au nord, et de celui de la Villette au sud, derrière la gare de Charleroi. Dans le reste de l’entité, l’externalisation de la propreté va se poursuivre : comme l’a rappelé Magnette, cela a été planifié pour 2019.

© D.R.

Pourquoi ça fonctionne maintenant et pas quand c'était l'administration communale?

C’est l’histoire d’un transfert qui a changé la ville. Avant son externalisation, le service Propreté de Charleroi se montait incapable d’atteindre ses objectifs, en offrant au citoyen l’espace public qu’il est en droit d’attendre. En l’espace de six mois avec le même personnel en grande majorité, Tibi a inversé la tendance. Tout le monde se félicite de la qualité de son travail.

À l’origine de cette métamorphose, une réorganisation des tâches et du management, avec quelques adaptations de matériel. Comment et pourquoi l’administration s’est-elle montrée incapable de faire pendant des décennies ce qu’une intercommunale a réussi en peu de temps ?

Le conseiller Xavier Desgain (Ecolo) a osé le débat. S’il y voit un aveu d’échec de la Ville, Magnette préfère parler de constat. "Parce qu’il y a 10.000 priorités en même temps et qu’à un moment donné, si vous voulez avancer, il faut savoir faire des choix et trancher", avance-t-il.

Pour lui peu importe l’opérateur public qui se trouve à la manœuvre, pour autant que l’efficacité et la qualité du service soient au rendez-vous. Et c’est le cas pour la propreté de l’intra-ring et le balayage mécanique des voiries du reste de l’entité.

Si ce changement montre que rien n’est impossible, le bourgmestre le concède : réformer l’administration communale, c’est aussi difficile que détourner le Titanic de l’iceberg vers lequel il fonce.

En espérant, bien entendu, que le projet ne finisse pas par le fond comme le célèbre paquebot de la White Star Line.

Externaliser, c'est réduire le contrôle des élus locaux

Pour les logements publics, adressez-vous à la Sambrienne, pour la propreté et la collecte des poubelles, à Tibi et pour la maîtrise d’ouvrage des grands chantiers de rénovation urbaine de Charleroi, à l’intercommunale Igretec.

C’est ce que les conseillers communaux de Charleroi qui s’efforcent de remplir leur mission de contrôle se voient parfois répondre. Sofie Merckx en fait régulièrement l’expérience. "À force de sous-traiter certaines de ses compétences à d’autres opérateurs publics, la Ville réduit le pouvoir d’action de ses élus", selon le conseiller Ecolo Xavier Desgain.

Ce qui pose des questions de transparence : en effet, à défaut de disposer de représentants dans les conseils d’administration concernés, l’accès à l’information devient plus difficile. Pour ne pas dire impossible.

Touche-t-on là aux limites de la démocratie ? Le bourgmestre prétend le contraire. Pour lui, l’approbation des rapports annuels des intercommunales donne toujours l’occasion d’un débat en conseil communal.