Charleroi

Le tribunal correctionnel de Charleroi a abordé mercredi un énième volet du dossier ICDI. 

Il concerne cette fois des préventions de corruption reprochées à l'ancien président, Lucien Cariat, ainsi qu'à son fils, Luc. Les prévenus plaident l'acquittement là où le parquet requiert une simple déclaration de culpabilité. Le ministère public reproche à Lucien Cariat d'avoir obtenu des avantages de plusieurs entreprises en échange de l'octroi de marchés publics dont l'ICDI était l'adjudicataire. Interrogé par le tribunal, le prévenu les a contestés en bloc.

Il est ainsi question de vêtements civils obtenus à titre privé de la firme Halloint qui fournissait les équipements de sécurité aux ouvriers de l'intercommunale. Le marché public avait été passé en urgence, sans appel d'offres, ce qui fonderait la prévention de corruption, selon le parquet. L'ex-président de l'ICDI répond à cela que l'urgence se justifiait par l'obtention d'une reconnaissance ISO. Il ajoute que, vu son gabarit trapu, il doit faire retoucher ses costumes, ce que la firme Halloint n'effectuait pas.

Durant 15 ans, des sommes d'argent importantes de l'ordre de 12.500 à 22.500 euros ont été versées annuellement sur les comptes d'organismes proches de Lucien Cariat tels que Procultura ou l'ASBL "Bal de l'échevin Cariat" par la société qui fabriquait les sacs-poubelle de l'ICDI. Là encore, le parquet constate l'absence de mise en concurrence lors de la passation du marché public. Le prévenu, lui, explique que cette société était la seule en Belgique à disposer d'une licence permettant la distribution de ces sacs non-falsifiables. Or, à l'époque, la mafia milanaise avait organisé un trafic de contrefaçon juteux qu'il fallait annihiler. "Cette entreprise était la seule à fabriquer des sacs à oreilles. Nous lui avons permis de subsister et elle se montrait reconnaissante en versant ces sommes", a commenté l'ex-échevin.

Le parquet affirme par ailleurs qu'entre 2001 et 2006, une somme de 12.500 euros était versée à Lucien Cariat et à d'autres membres de l'ICDI à chaque camion vendu par les firmes GDA et Renault VI. Des dons ont également été réalisés au profit des "Oeuvres de Lucien Cariat" et de la "Fraternité marcinelloise". En échange, les marchés auraient été cadenassés pour ces sociétés, puisqu'ils étaient passés dans l'urgence, sans appel d'offres. Là encore, Lucien Cariat dément toute forme de corruption. Certains camions de transport de verre étaient fabriqués uniquement par l'une de ces firmes, ce qui en faisait le meilleur candidat.

Partie civile au dossier, l'ICDI réclame un montant proche de 70.000 euros au prévenu, dont 55.000 provenant d'une fraude présumée à la TVA. Des fausses notes de crédit auraient ainsi été réalisées à propos de factures émanant de la société Cégelec, afin de dégager des liquidités pour l'ICDI. Interrogé sur ce point, Lucien Cariat affirme qu'il s'agit d'une décision prise par le seul comptable de l'Intercommunale. Il n'en aurait d'ailleurs tiré aucun intérêt.

Enfin, le ministère public pense que l'entreprise Fermalux a été favorisée lors d'un marché public relatif aux châssis de la société de logements du Foyer Marcinellois, dont Lucien Cariat était le président. Alors qu'elle figurait au troisième rang, la firme a été choisie. Or, elle a versé des sommes de 19.000 et 23.000 euros au club de football de Marcinelle et sur un compte parallèle de l'ICDI peu après la passation de ce marché. Et les factures de ces sponsorings ont été établies avant cette passation. Lucien Cariat, lui, rétorque que Fermalux était la seule société, à l'époque, à produire des châssis sans plomb correspondant aux normes européennes. Il ajoute que sa tutelle a avalisé ce choix.

Vu l'écoulement du temps et les précédentes condamnations des prévenus pour des faits similaires, le parquet n'a requis qu'une simple déclaration de culpabilité. Il n'insistera pas sur la plupart des préventions reprochées à Luc Cariat, celui-ci n'ayant jamais été interrogé par les enquêteurs en plusieurs années d'instruction.

La défense plaidera le lundi 4 mai.