Charleroi Le co-living veut bousculer l’offre immobilière locative.


Le co-living, c’est de la colocation en formule all inclusive : les usagers disposent d’un espace privatif et partagent des locaux communs (cuisine, salon, buanderie, salle à manger, terrasse) comme dans une colocation classique, mais le gestionnaire du bien leur offre tous les services et le confort d’une maison de standing : ameublement complet, équipements domestiques (télévision, vaisselle, matériel à cuisiner, draps, Wi-Fi, luminaires, etc.), charges, nettoyage et maintenance (y compris des appareils ménagers).

Après avoir développé le concept à Bruxelles, la coopérative Ikoab attaque le marché wallon. Et comme deux de ses quatre associés sont carolos, c’est à Charleroi que se concentrent leurs premiers projets.

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L’idée , c’est de transformer des maisons patriciennes ou anciens hôtels particuliers en immeubles de colocation, comptant de neuf à quinze chambres. Comme l’explique Fabrice Milioni, "les baux court terme sont flexibles, pour des durées allant de 3 mois à un an renouvelable trois fois."

À Charleroi, cette offre rencontre des besoins. "Des employeurs comme Deamwall, Thales, Ryanair, Alstom sont à la recherche de logements de ce type pour leurs travailleurs ou sous-traitants", indique l’échevine du Logement Ornella Cencig (MR). Ikoab cible une clientèle de jeunes qui entrent dans la vie active, de la tranche de 23 à 35 ans.

Même si le loyer tourne autour de 500 euros, il ne s’agit pas d’attirer des petits revenus mais des personnes cherchant ce type de projet, pour une transition. "Chez nous, on vient avec une simple valise comme pour un séjour en Airbnb", poursuit-il. "Une fois que la garantie et le premier loyer sont versés, les usagers emménagent et le temps de ranger leurs affaires, ils sont déjà chez eux."

À Charleroi , Ikoab porte plusieurs projets : à Marcinelle, une ancienne maison de maître de 400 m2 a été transformée voici 3 ans, elle compte dix chambres. "Nous terminons l’aménagement d’un bâtiment de 550 m2 au n°44 de la rue de Charleville près de la Manufacture urbaine, 13 chambres dont une avec salle de bains privative y seront disponibles dès le 1er juin." D’autres projets sont à l’étude ou en cours de réalisation notamment au boulevard Audent et à Lodelinsart pour une ouverture en septembre.

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Pour Ornella Cencig (MR) : "Il faut légiférer pour encadrer le marché"

Le co-living est un phénomène encore émergent en Wallonie. Cela explique qu’il n’existe aucune législation pour l’encadrer, contrairement à Bruxelles.

De manière très concrète, les immeubles transformés pour accueillir plusieurs colocataires sont considérés comme unifamiliaux : à Charleroi, ils n’entrent pas dans le champ de la circulaire de subdivision d’immeubles résidentiels, en vue d’y aménager des petits logements.

Si l’offre d’Ikoab est attractive et ses projets concertés avec les autorités, l’échevine de l’Urbanisme et du Logement considère qu’il faut penser à cadrer les choses pour se mettre à l’abri des dérives ou risques d’abus. "C’est une réflexion qui sera mise à l’agenda politique de la prochaine majorité, s’engage Ornella Cencig. Les promoteurs d’Ikoab nous consultent pour la transformation de leurs biens. Ils viennent de le faire pour le bâtiment de l’ancien Backstage dans la rue du Grand Central. À notre demande, le rez-de-chaussée commercial sera préservé. Quant aux trois plateaux supérieurs d’une centaine de mètres carrés, des appartements vont y être agencés. Les capacités à l’arrière seront dédiées à la colocation, avec un grand espace de vie commun de près de 200 mètres carrés."

Pour réguler ce marché, l’échevine juge important de faire évoluer le statut de colocataire actuellement assimilé à celui de cohabitant. La décision ressort du pouvoir fédéral. Il faut le sensibiliser. "Le monde change, les pratiques évoluent, nos lois doivent s’y adapter."

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Ikoab cherche des investisseurs

"En pratique, ils choisissent un projet immobilier parmi ceux que nous avons en portefeuille et en assument le financement, ils en sont et en restent les pleins propriétaires." Ikoab met alors son expertise à leur service. "Nous gérons les projets de A à Z, depuis l’identification des biens jusqu’à l’analyse financière en passant par la transformation, la mise en conformité aux normes de sécurité, l’équipement et la gestion locative. Enfin, nous garantissons une rentabilité supérieure à celle du marché immobilier classique, entre 6 et 10 % nets", indique Fabrice Milioni. Une charte de colocation régit le vivre-ensemble. Quand un usager ne respecte pas les règles, le bail à court terme est rompu. Les préavis, eux, sont limités à un mois.

Infos : www.ikoab.com