Charleroi

Il y a trois semaines, le MR, le PS et Ecolo annonçaient une liste commune à Gerpinnes, baptisée Horizons, en vue des élections d'octobre 2018. Le CDH n'avait pas réagi: la section locale sort aujourd'hui du bois.


Le grand jeu des élections a bel et bien commencé: Laurent Doucy, actuel échevin MR à Gerpinnes, en majorité avec le CDH sous l'égide du bourgmestre Philippe Busine, fera les prochaines élections en commun avec le PS et Ecolo. Les "gros" partis seront donc divisés en deux listes, opposées: le CDH d'un côté, et Horizons (MR-PS-Ecolo) de l'autre. Les pronostics sont ouverts, mais au vu des dernières élections, on peut tabler à la grosse louche sur un résultat qui devrait avoisiner les 50-50.

C'est un peu un quitte ou double pour l'opposition :

  • soit Ecolo et PS devront s'arranger avec le MR pour survivre à une mandature de six ans, probablement avec une majorité courte et en devant faire fi des dissidences qui ont pu exister par le passé, sans parler d'un CDH qu'on imagine d'avance énervé sur les bancs de l'opposition. Mais c'est aussi, même si les détails de l'accord n'ont pas été révélé, l'occasion pour PS, MR et Ecolo d'être à peu près sûrs d'avoir au moins un siège d'échevin en cas de victoire d'Horizons.
  • soit le CDH passera en majorité absolue, et les trois autres partis n'auront alors plus du tout leur mot à dire: un coup dur pour le MR qui avait pu négocier un échevinat sur cette mandature de 2012-18.

Il est aussi possible qu'une liste supplémentaire (Défi, la Droite, le Parti Populaire, ou autres) vienne récolter un ou plusieurs sièges. Et même sans avoir récolté beaucoup de voix, cette troisième liste serait alors en position de force, pour "se vendre" au plus offrant des deux.

Bref, la situation est tendue à Gerpinnes. Et ce, alors qu'il reste encore quelques mois où Laurent Doucy (MR) devra composer avec le reste du collège CDH... qui a du mal à avaler la pilule. D'ailleurs, après un long silence, le CDH a enfin communiqué ce mardi matin.

Le CDH se réunit à neuf pour donner sa version des faits

Imaginez plutôt: les journalistes ont été invités chez Philippe Busine, en terrasse à Hymiée, pour "apporter des rectifications à ce que (nos) opposants ont dit quand ils ont annoncé leur cartel".

"Si on a attendu trois semaines pour répondre, c'est parce que nous voulions passer de bonnes fêtes de Pentecôte" , explique Philippe Busine, bourgmestre CDH en titre, avant de lancer une pique: "mais on a tout de même pu remarquer des tensions... dans les futurs candidats de nos opposants, on en a vu qui faisaient plus du racolage que des marches."

Ils sont neufs, élus ou de la section locale, à s'être réunis pour détailler leur point de vue aux journalistes. "On a découvert qu'ils créaient une liste commune... dans la presse. On n'a pas été vraiment étonné, ça faisait un moment que ça se préparait, mais ils ont aussi dit des petites choses qu'on veut rectifier. Et surtout, dire qu'on est très déçus que Laurent Doucy n'ait pas eu la loyauté de nous dire en face qu'il se présenterait avec l'opposition. On lui a tout appris, on l'a pris avec nous comme s'il était de notre parti. On avait parfois des différents, mais on en discutait avant le conseil communal, pour s'arranger... et voilà le remerciement qu'il nous fait : ne même pas nous parler de son carte. Il risque peut-être de devenir bourgmestre après six ans, et ça sera en partie grâce à nous..."

1) "on nous a reproché d'être des partenaires instables, il faut préciser le contexte"

Premier point que les élus CDH ont tenu à préciser: l'accusation par le MR Laurent Doucy de changer de partenaires comme de chemise. "Il faut rappeler qu'on n'est que trois dans l'actuelle majorité à être des rescapés de 2006-2012. A l'époque, c'est le bourgmestre Roland Marchal (PS) qui est empêtré dans les affaires de l'ICDI. Nous on s'est dit, il ne faut pas qu'il reste aux affaires. Nous avons contacté le MR, et proposé qu'ils prennent deux échevins et entrent en coalition avec nous. Le soir des élections, le MR accepte, mais voulait trois échevins. On a royalement baissé notre froc pour être en majorité. Mais au fil des ans, il y a eu des tensions, on est même passés à deux doigts de la bagarre plusieurs fois. On a proposé au MR de revenir à deux échevins, pour éliminer l'élément perturbateur et faire monter un CDH, Guy Wauthelet, à la place. Ils ont refusés, et c'est pour ça qu'on a cassé la majorité pour faire alliance avec le PS, une liste PLUS à ce moment-là: ils ont pris trois sièges au collège, et l'ambiance est redevenue bonne."

Puis arrivent les élections de 2012. Le CDH fait une majorité absolue, mais très courte (12 sièges sur 23). "Vu que ça s'était bien passé précédemment, on a voulu refaire une alliance avec le PS. Ils ont voulu deux sièges, pour Marcellin Marchal et Alain Struelens. Nous, on voulait leur laisser un seul siège, qu'ils se partageraient trois ans chacun. Dans une réunion, le PS accepte le deal, mais l'USC appelle le lendemain pour dire que, finalement, ils veulent négocier autrement. Et le président socialiste dit même, au téléphone, qu'ils ont une possibilité de majorité alternative, vu que Léon Lemaire s'était retiré du CDH pour devenir indépendant. On n'a pas apprécié le coup de pression, et on a donc appelé le MR, c'était signé quelques heures plus tard, et c'était réglé. C'est comme ça que Laurent Doucy a eu sa place au collège."

2) "Léon Lemaire s'est mis tout seul à la porte, on ne l'y a pas forcé"

Deuxième point qui fâche le CDH de Gerpinnes, c'est la rupture entre Léon Lemaire et le CDH. "Il dit partout qu'on l'a mis à la porte, mais ça ne s'est pas du tout comme ça..." , dit Philippe Busine. "Moi quand j'ai rejoint le CDH en 2006, je voulais la première place sur la liste. Et je pense que Léon Lemaire a accepté parce qu'il pensait qu'il ferait de toute façon plus de voix de préférences que moi. Sauf que j'en ai fait 210 de plus. Entre 2006 et 2012, il a dit qu'il allait progresser, et qu'il serait bourgmestre ensuite. Sauf qu'en 2012, il y avait 1.233 voix de différence entre nous. C'est là que la section locale du CDH est allée le voir pour lui dire: bon, ça fait six ans que tu nous mets des bâtons dans les roues, que tu critiques, maintenant il faut qu'on travaille main dans la main. Sauf qu'il est parti en claquant la porte, et il ne nous a plus jamais parlé. On a essayé de l'appeler, de le rencontrer, impossible. Il a rendu sa carte de parti peu après. Il s'est mis à la porte tout seul."

Pour le CDH, la liste Horizons est un "conglomérat d'opportunistes"

Julien Matagne, l'échevin trentenaire du CDH à qui on reproche souvent de porter plus d'attention aux vieux qu'aux jeunes, ne mâche pas ses mots. "MR, PS et Ecolo prennent le citoyen en otage. Ils disent: votez Busine ou votez pour nous. On a l'impression que le moteur, c'est la rancœur envers notre bourgmestre."

Philippe Busine de préciser: "et quand on voit les abandons qu'il y a eu chez les socialistes depuis 2012, ils ont perdu 5 personnes, nous on se dit qu'ils n'auraient peut-être tout simplement pas réussi à former une liste sans créer ce cartel. Les Verts n'étaient déjà pas complets la dernière fois, et Léon Lemaire, il se chuchote qu'il a tenté de faire une liste mais n'a pas réussi."

Le président du CDH d'ajouter: "cette liste Horizons, c'est un peu un conglomérat d'opportunistes."

Jacques Lambert de conclure, avec sa touche: "L'horizon, c'est une ligne imaginaire qui s'éloigne au fur et à mesure qu'on s'en rapproche."

C'est dit. Ambiance.


Le CDH, quant à lui, présentera sa liste le 22 juin à la Salle Communale, à 19h30. Il y aura quatre nouvelles têtes, et la liste sera menée par l'actuel bourgmestre, Philippe Busine. "On est très satisfait de notre bilan", estime ce dernier. "On se parle, on s'entend bien, on est sur le terrain. On a beaucoup plus misé sur la communication durant cette mandature, avec le bulletin communal, les fascicules, le folder annuel d'information. On a aussi fait des conseils consultatifs, des réunions avec les riverains... On aimerait remettre ça."