Charleroi Elle devait juste partir à la retraite, mais après un an d’erreurs et de rectificatifs, voilà que le CPAS lui réclame de l’argent.


Colère, incompréhension et dépit : c’est l’état d’esprit de Marie (prénom d’emprunt) après 30 ans de carrière au CPAS de Charleroi. À la retraite depuis trois mois, elle livre une histoire hallucinante.

"Aujourd’hui, on me réclame plus de 2.000 euros et après m’avoir gelé mon pécule de sortie, on me met en médiation de dette pour 100 euros par mois" , raconte-t-elle les larmes aux yeux. Pour comprendre la situation, il faut savoir qu’un agent nommé peut cumuler au cours de sa carrière un "capital maladie", des jours payés à 100 % comme s’ils étaient prestés, sous couvert d’un certificat médical, au lieu de 60 % dans le cas contraire.

En janvier 2017, il restait à Marie 66 jours de maladie, quand elle s’est fait une vilaine fracture la mettant out pour plusieurs mois. "On m’a versé mon salaire de janvier, 2.300 euros, comme normal. Mais j’ai vite reçu un rectificatif qui m’informait que je n’avais plus aucun jour couvert et que je devais rembourser 300 euros. Me disant que c’était une erreur, j’ai signalé le problème au CPAS qui m’a confirmé qu’il me restait bien un capital maladie." Preuve en est que les mois suivants, elle a reçu ses 2.300 euros habituels, jusqu’à épuisement des jours de maladie. Ce qu’elle ne savait pas, c’est qu’elle avait mis les pieds dans un engrenage infernal.

L'engrenage infernal

"J’ai commencé à recevoir rectificatif sur rectificatif, tous les mois, suite à ce qu’ils appellent des problèmes informatiques." Calculs après calculs, elle avait parfois été payée trop, parfois pas assez. Et à chaque fois, elle devait signaler des oublis aux services concernés. "Le pompon ça a été quand ils m’ont versé mon salaire alors que j’étais à la retraite. 1.600€ que j’ai voulu rembourser directement, mais on m’a dit d’attendre la procédure officielle."

Résultat : le CPAS lui réclame aujourd’hui 150 € qu’elle a reçus en trop et 1.600 € de salaire indu, ce qu’elle ne conteste pas. Mais il faut ajouter la somme de 300 €, qui lui sont réclamés pour le mois de janvier où elle avait épuisé - soi disant - son capital maladie, alors qu’elle a pourtant été couverte par ce même capital pour les mois qui ont suivi. Vous suivez ? Elle non plus.

Son dossier est passé de main en main, et même en comité de direction. Avant de recevoir un avis (lire ci-dessous) lui signalant qu’elle doit payer la totalité de la somme. Qu’elle conteste toujours. Sans que personne ne l’écoute. "C’est un désastre pour une institution comme le CPAS" , témoigne-t-elle. "Vous imaginez si cette situation incompréhensible arrive à quelqu’un qui ne peut pas se défendre ? Qui ne sait peut-être pas lire ou compter ? Moi je suis toute seule, j’ai eu jusqu’à récemment du mal à me déplacer, mais je ne veux pas me laisser faire. J’ai le sentiment qu’on ne prend pas ses responsabilités… Moi j’ai essayé d’être rigoureuse toute ma vie, j’ai tout donné à cette boîte, et dès qu’il y a un petit problème, on ne m’écoute pas. C’est à finalité sociale, le CPAS ? Vraiment ?"

En résumé, voici les éléments qui apparaissent après analyse de son dossier:

  • Janvier 2017: Mise en maladie suite à une fracture.
  • Février 2017: Son salaire est versé, mais un rectificatif signale qu’elle n’a plus de capital maladie et doit rembourser 300 euros, ce qu’elle conteste, un second rectificatif lui donne raison.
  • Mars - mai 2017: Trois erreurs et cinq rectificatifs pour les trois fiches de paie mensuelles.
  • Novembre 2017: Mise à la retraite, mais son salaire est versé malgré tout et on refuse qu’elle rembourse immédiatement.
  • Décembre - Janvier 2018: On lui confisque son pécule de sortie pour rembourser l’erreur de février 2017, revenue soudain sur la table malgré les rectificatifs, et le salaire versé par erreur.

Comme si son problème de salariée n’était pas suffisant, Marie a aussi eu une surprise lors du calcul de sa retraite : "Au CPAS, on m’a annoncé 1.300 €, mais je n’avais plus confiance et je suis allée voir à l’ONP, et ils avaient oublié ma bonification de diplôme. C’est passé à 1.450 €, mais ils avaient encore oublié ma pause carrière : finalement l’estimation est montée à 1.500 €. On croit rêver."

La violence du système

Suite à cette histoire, Marie a plusieurs fois dû être confrontée au CPAS et son administration, de façon très officielle.

Une lettre en particulier a retenu notre attention. "Cette situation exceptionnelle est maintenant réglée auprès du fournisseur informatique. […] Vu la complexité de votre dossier, […] les services ont mis en suspend le paiement de votre pécule de sortie afin de réduire les montants dus. […] Nous vous prions de bien vouloir nous excuser et ne doutons pas un instant de votre compréhension" , peut-on y lire.

Ces mots de conclusion, "nous ne doutons pas un instant de votre compréhension" sont d’une violence inouïe : rappelez-vous que le courrier s’adresse à une personne seule, sans famille proche, incapable de se déplacer suite à une fracture, et surtout qui ne comprend rien au fatras de documents légaux, plein de colonnes de chiffres aux références barbares… mais qui en plus conteste des éléments de son dossier depuis plus d’un an.

Ce n’est pas tout : durant notre présence sur place, Marie a tenté de joindre par téléphone le CPAS pour une précision sur un chiffre. On a refusé de lui donner l’information, ce qui est compréhensible par téléphone, mais… on lui a également raccroché au nez.