Charleroi C’est la guerre entre les frangins soupçonnés d’avoir tué la victime pour la voler.

Le 2 novembre dernier, le corps sans vie de Christiane Thys était retrouvé dans son appartement de la rue de Heigne à Dampremy. Ses voisins, qui s’inquiétaient de ne plus avoir de ses nouvelles depuis plusieurs jours, avaient poussé sa porte… pour la refermer aussitôt vu l’odeur de putréfaction qui se dégageait du studio.

Descendues sur place, les forces de l’ordre ont rapidement constaté qu’il ne s’agissait pas d’une mort naturelle. La sexagénaire, qui vivait seule, avait effectivement été poignardée à plusieurs reprises. Les lieux avaient semble-t-il été fouillés, ce qui laissait supposer un meurtre pour faciliter un vol.

Comme à son habitude, la section homicide de la PJF de Charleroi a mené l’enquête minutieusement, en ne fermant aucune porte. Durant un certain temps, le fils de Christiane Thys figurait parmi les suspects, avant d’en être écarté.

C’est donc vers le voisinage que se sont tournés les limiers de la fédérale. La victime était effectivement considérée comme une sexagénaire quelque peu acariâtre par ses voisins. Mais ce ne sont pas ses sautes d’humeur qui ont coûté la vie à Christiane Thys. Dans un appartement voisin vivaient Anthony Maitrot, 19 ans, et son frère Youry Fleron, 28 ans.

Livrés à eux-mêmes depuis l’adolescence (l’un a pris le nom de sa mère), les frangins étaient déjà connus de la justice pour quelques petits méfaits. Youry, l’aîné, avait clairement l’ascendant sur Anthony. Il lui arrivait d’ailleurs de l’envoyer commettre des petits larcins.

Et le jour du crime, Youry, visiblement excédé par sa voisine sexagénaire, aurait demandé à son cadet d’aller chiper la télévision plasma et la tablette de cette dernière, en ajoutant de "lui mettre une claque si elle résistait".

Anthony s’est donc muni d’une cagoule, mais aussi d’un couteau. "Pour menacer la victime, afin de ne pas être obligé de la frapper", a-t-il déclaré aux enquêteurs. Sauf que l’agression a mal tourné lorsque Christiane Thys s’est mise à crier. Son agresseur l’a alors étranglée avant de la frapper de plusieurs coups de couteau.

Ayant compris la gravité des faits, Youry a ordonné à son frère de ramener le butin et de rebrancher la TV, avant de l’expulser de son domicile. Anthony s’est donc caché chez des amis durant plusieurs mois. Mais les enquêteurs ont fini par remonter sa piste et l’interpeller à la fin du mois de mars.

Interrogé, le jeune homme a reconnu les coups de couteau et a été placé sous mandat d’arrêt pour meurtre afin de faciliter le vol. Considéré comme le commanditaire, Youry, père de quatre enfants, a lui aussi été arrêté et incarcéré.

Ce jeudi, sous un soleil radieux, les deux frères ont été ramenés dans la rue de Heigne pour une reconstitution. Manifestement, les deux suspects se regardent aujourd’hui en chiens de faïence. La tension était particulièrement lourde et la présence de policiers était bien nécessaire pour éviter tout débordement.

Assisté de Me Balleux, Youry a affirmé qu’il n’avait ni poussé, ni empêché son cadet à se rendre chez Christiane Thys pour la voler. Et il ajoute qu’il ne savait pas qu’il était armé. Anthony, lui, a dû refaire les gestes qui ont tué la victime. Il aurait d’abord procédé à un étranglement qui a brisé l’os hyoïde (de la gorge) avant de quitter les lieux, puis de revenir et lui porter quatre coups de couteau, dont un qui a touché le coeur. Des déclarations qui, selon le médecin légiste, ne semblent pas conformes à la réalité.

Les deux frères comparaîtront mardi en chambre du conseil.