Charleroi Depuis 6 mois, Dolores héberge des adolescents réfugiés durant le week-end.

Dolores habite Montigny-le-Tilleul avec sa famille, elle nous raconte comment elle a commencé à héberger des migrants dans sa maison.

Quand avez-vous commencé à accueillir des réfugiés ?

"Il y a 6 mois, j’ai participé à une distribution de vivres pour les migrants à Bruxelles. Ce jour-là, j’ai rencontré Abdou. Il m’a demandé pour remettre son téléphone en langue arabe. Je l’ai fait et j’ai alors vu son sourire sur son visage. Un mois plus tard, je retombe sur Abdou, je le reconnais tout de suite grâce à son sourire. Là, on m’a demandé si ce n’était pas possible que je l’héberge ce week-end. Je l’ai hébergé de vendredi à lundi. Et c’est ainsi que j’ai commencé."

Pourquoi les héberger ?

"Leur objectif est d’arriver en Angleterre. La semaine, ils essayent de passer la frontière, mais le week-end ils ont besoin de se reposer. Le temps d’un week-end, on leur permet d’avoir une vie normale, de souffler, se reposer."

Faites-vous des activités avec eux ?

"Oui, ce sont des adolescents que nous accueillons, on les emmène donc faire des activités, à des soupers chez des amis, ou aller voir le football. Parfois ils sont fatigués, donc ils restent à la maison. Ce sont souvent des habitués, on veut qu’ils soient dans un cadre de vie normal. Ils ont vécu tellement de choses affreuses dans leur pays. Ils redeviennent des adolescents pendant un week-end, on leur offre des moments d’insouciance."

Combien en hébergez-vous ?

"Je peux en héberger deux à la fois. J’ai ai accueilli une dizaine en 6 mois, dont quelques habitués qui revenaient toutes les semaines."

Quelle est l’histoire la plus touchante que vous ayez vécue ?

"De décembre au mois de mars, j’ai hébergé Mohamed. Pendant des mois, il me disait qu’il avait 22 ans. Il a vécu d’horribles choses au Soudan, notamment son père qui est mort devant lui. Un jour, je voyais bien que ça n’allait pas. Il m’a alors avoué qu’il avait en réalité 17 ans. Il avait été obligé de mentir en Italie pour ne pas se faire attraper. Il voulait juste continuer. Il m’a expliqué ce qu’il s’est passé, j’étais remplie d’émotion."

Êtes-vous devenus proches?

"Oui, je les aime tellement. Mais ils sont ici pour un objectif. Je ne veux pas les garder et être un frein à leur but. Il faut les laisser partir. Je les aimerai encore plus quand ils auront atteint leur rêve."


Pablo 12 ans, fils de dolores:

"Au début, je n’étais pas trop rassuré d’accueillir des réfugiés chez nous. Ensuite, je les ai rencontrés, et j’avais une image totalement différente de la réalité. Maintenant, ça devient un peu comme mes frères, ils sont passionnés de foot comme moi. Mes copains me demandaient si je n’avais pas peur mais j’expliquais que non pas du tout quand on les connaît. C’est parfois difficile de s’organiser le week-end mais on s’adapte. Je partage ma place avec eux, sans que je sois remplacé."


D'autres familles hébergent également

La famille de Dolores est loin d’être la seule à héberger dans migrants dans la région de Charleroi. Fontaine L’Évêque, Nalinnes, Thuin, Jamioulx, Montigny-le-Tilleul, Châtelet, ça se passe partout. Pour Stephan et Isabelle de Fontaine L’Évêque, héberger des réfugiés est une chose dont ils sont fiers. "Nous avons d’abord commencé par héberger des filles. Un jour, il y a eu une situation d’urgence et nous avons dû héberger deux garçons. Depuis, on ne cherche pas à arrêter. Ils entrent dans notre vie, ils nous apportent énormément. Ce sont des personnes cultivées, qui parlent souvent plusieurs langues. Ce sont des adolescents avec qui nous savons passer au-dessus de la barrière de la langue. Une fois que l’on passe le capte de la rencontre, ça devient une belle aventure."

La famille a hébergé une dizaine de réfugiés également, ils ont trois places chez eux. "Une fois, on n’avait personne lors d’un week-end. Et quand ma fille s’est réveillée le samedi matin, elle était étonnée qu’il n’y avait personne. La maison faisait vide pour elle." Pour eux, le plus difficile à vivre, ce sont les histoires que les réfugiés ont vécues précédemment. "Omar, un des adolescents que nous accueillons habituellement, n’a plus de famille. Il ne pourra jamais remettre les pieds dans son pays car il est menacé de mort. Il faut savoir encaisser les histoires horribles qu’ils nous racontent."