Charleroi Trente ans de prison requis contre sept prévenus qui importaient la drogue du Maroc par containers.

C’est une information "douce", parvenue aux oreilles des forces de l’ordre, qui a déclenché l’enquête : le gérant de snack de Châtelet et une sexagénaire, vendeuse de produits d’artisanat marocain, étaient, disait l’informateur, au centre d’un trafic de drogue international. Étonnant vu les profils, mais pas impossible, comme ont pu le vérifier les enquêteurs grâce à leurs écoutes téléphoniques.

Selon le parquet, Mohamed R. et Gitta A. se sont rencontrés en 2011 et, rapidement, l’idée d’une collaboration lucrative a vu le jour. "Mohamed R. a payé la formation de la sexagénaire afin qu’elle puisse lancer sa société d’artisanat marocain. Elle a commencé à faire revenir des containers remplis de tables en fer forgé. Sous les céramiques étaient dissimulés des pains de cannabis", explique la substitute Julie Coduys qui poursuit sept prévenus pour ce trafic de stupéfiants version Tintin et le crabe aux pinces d’or.

En juin 2017, Mohamed R. s’est fait coincer bêtement à son retour des Pays-Bas, à cause d’un phare cassé. Dans sa boîte à gants, les policiers ont déniché 344 grammes d’héroïne, ce qui a mené à son arrestation. Un contretemps qui a obligé la bande à s’organiser afin de trouver des petites mains pour vider le container arrivé au port d’Anvers. Et lorsque la police a mené son opération de flagrant délit à Deurne, quatre personnes ont été interpellées alors qu’elles venaient prendre possession des quelque 225 kilos de cannabis cachés dans les tables marocaines. Les perquisitions qui ont suivi ont encore permis de trouver 500 grammes de cocaïne et de fortes sommes d’argent liquide.

Selon le ministère public, c’est bien Mohamed R. qui chapeautait le volet belge de ce réseau international. "Il payait tous les frais de l’activité d’artisanat marocain et versait 1.200 euros de salaire à Gitta A. C’est lui qui était en contact avec les Hollandais. C’est lui encore qui discutait de la qualité de la marchandise", a précisé la substitute Coduys tout en requérant dix ans de prison et la confiscation de 3,6 millions d’euros contre l’intéressé. Pour les autres prévenus, le parquet a sollicité des peines de sept ans pour Gitta, de cinq ans pour les intermédiaires et d’un an avec sursis à dix-huit mois ferme pour les petits poissons.

Du côté des avocats, Me Mayence a écarté la qualité de dirigeant de Mohamed R. et demandé que l’on revoie nettement à la baisse les confiscations. Ses confrères ont sollicité des acquittements partiels ou des mesures de faveur.