Charleroi

Nous parlons de l'autoroute E420-N5 depuis des années. Récemment, le sujet est revenu au coeur de l'actualité suite à l'ouverture d'une enquête publique.

Pour rappel, il s'agit de relier Rotterdam à Marseille. Couvin a eu son contournement, l'autoroute avance bien du côté français, et en Belgique le tout est presque prêt... sauf sur une minuscule portion au sud de Charleroi, entre Couillet et Somzée.

Alors qu'à Châtelet et Charleroi, on pousse pour la construction d'une autoroute E420, avec quelques réserves ci et là, deux communes très impactées par la question ont rendu leur avis. Et il est défavorable dans les deux cas.

Ham-sur-Heure-Nalinnes: c'est non

À Ham-sur-Heure-Nalinnes, le conseil s'oppose à la proposition dans son état actuel. Dans leur avis de 5 pages, de nombreux arguments sont avancés, mais quelques uns sont particulièrement intéressants.
  • L'autoroute E420 risque de dévier une partie du trafic de la E411 (Luxembourg) et E19 (Mons), augmentant de fait le nombre de camions et véhicules lourds passant par la région.
  • Cette autoroute ajouterait de la pollution où il n'y en a pas aujourd'hui: rejet de particules fines et de gaz d'échappements, bruit, nuisances, dans les villages du Bultia et de la Ferrée, qui sont aujourd'hui sereins et campagnards.
  • Le projet aurait un grand impact sur le paysage (c'est dans l'étude), impacts qu'ils ne sont pas prêts à accepter.
  • Il n'y a aucune indication sur l'impact qu'aurait cette nouvelle autoroute sur les champs des fermiers (la zone de réservation propose notamment d'exproprier une partie de exploitations agricoles), et donc sur l'impact du projet sur l'agriculture locale.

Les élus regrettent également que l'étude présentée ne prenne pas en compte les dernières données qu'elle a fourni au gouvernement bien avant l'enquête publique, à savoir une étude comparative commandée par le conseil communal, datant en 2002, et des avis des comités de quartiers locaux.

Ils demandent donc des enquêtes complémentaires (notamment sur les impacts dans les villages et pour les fermiers) et ont rendu un avis défavorable.

Ils en profitent pour recommander d'étudier la question suivante: est-ce que si la N5 était réaménagée, il y aurait encore besoin d'une nouvelle autoroute? C'était une question qu'Ecolo avait déjà soulevé de son côté, à Charleroi.

Gerpinnes: c'est non aussi

À Gerpinnes, le conseil a refusé la proposition dans son état actuel. En conclusion d'un avis de 3 pages, les élus pointent le manque d'informations présentes dans l'étude mais aussi les informations erronnées qu'elle contient!

Les quatre partis représentés au conseil ont formé une commission, en novembre dernier, pour se pencher sur la question. Ils se sont vus trois fois, et se sont aussi appuyés sur certains des 635 avis reçus.

"Je ne peux pas voir le véritable impact que cette autoroute E420 aurait sur notre région, rien qu'avec cette étude d'incidence. Je pense qu'il y a moyen de faire mieux que cela. J'ai évidemment surtout étudié la branche Est qui nous concerne à Gerpinnes, et je pense qu'on peut limiter la casse bien mieux que ce qui est avancé pour l'instant", note le bourgmestre Philippe Busine (cdH).

Il est aussi question d'un impact trop important sur l'environnement.

Mais le plus intéressant est probablement les problèmes de procédure qui ont été pointés: des compléments d'étude avaient été recommandés au préalable et ne se sont jamais retrouvés dans l'enquête publique. Et surtout, l'enquête a été lancée le 25 octobre, alors que le gouvernement n'a statué que le 14 novembre.

"L'enquête a été lancée avant qu'elle ne soit approuvée par le gouvernement, rien qu'avec ça, on a de quoi faire un recours si besoin."

"La population est traumatisée"

Nul doute qu'il sera reproché à ces communes de se prononcer plus sur le tracé de l'autoroute elle-même, alors que l'enquête publique portait sur la zone de réservation, et pas le tracé en lui-même.

Mais que ça soit Ham-sur-Heure-Nalinnes ou Gerpinnes, tous les deux s'entendent sur ce point. Et c'est un point essentiel: quand pourra-t-on dire "non"?

La procédure prend en effet des allures de piège: on demande des avis sur la zone de réservation (grosso-modo, délimiter une zone pour que les ingénieurs commencent à imaginer l'autoroute elle-même), sans pour autant donner de pistes suffisantes sur la forme finale que la E420 pourrait revêtir: un tunnel enterré qui passe à 50 mètres d'une maison, ça peut ne pas déranger, mais une autoroute à ciel ouvert au bout de son jardin, c'est un tout autre problème.

Ce n'est qu'après avoir décidé à la grosse louche où passera l'autoroute, qu'on demandera à nouveau l'avis des habitants et de la commune pour la forme qu'elle pourra prendre. Et à ce moment-là, la bande de terrain aura été réservée en prévision d'une autoroute, il n'en sera que plus difficile de crier qu'on n'en veut pas. Avant de se prononcer, les communes aimeraient donc avoir toutes les cartes en main.

"Beaucoup de gens de Loverval peuvent se faire à l'idée qu'il faille faire quelque chose, toute la question c'est comment. Et là, ça ne répond pas à ces préoccupations. Elles sont pourtant légitimes, la population est déjà traumatisée alors qu'on n'en est qu'à la zone de réservation: quelqu'un m'a interpellé, on lui a fait une offre pour son bien avant et après l'ouverture de l'enquête publique... Le montant a baissé de 40%!" ajoute encore Philippe Busine (cdH), le bourgmestre de Gerpinnes.