Charleroi L’ivresse a ses raisons que, souvent, la raison ne connaît pas. Ainsi, voyez, Raphaël.

Les gens heureux n’ont pas d’histoires. Raphaël n’était pas heureux, et ça lui en fait, des histoires, puisqu’il se retrouve dans sa bonne cinquantaine sèche, en correctionnelle, avec près de trois mois de préventive. 

En août dernier, à Jumet, il a frappé son ex cohabitante. Et précisément parce qu’il ne supportait pas qu’elle ne soit plus sa cohabitante. Alors, histoire de mieux encadrer le décor des coups, il a retiré les clés de la porte, et les a jetées sur une table, ce qui revenait à enfermer l’ex, à la séquestrer, si on veut être strict. Pourquoi ? "Je ne voulais pas qu’elle sorte, parce que dehors, c’est dangereux", a argumenté Raphaël, fort de ses certitudes quant à la sociologie de son quartier. La cohabitante qui ne voulait plus l’être se trouvait donc là, avec un Raphaël animé de mauvaises intentions, et qui a saisi une paire de ciseaux. Pour la frapper encore ? "Non, je voulais me suicider !", a-t-il rassuré. Il y a renoncé, se choisissant d’autres méthodes. Et il a lampé une bonne gorgée de Detoll, ainsi. Il le reconnaît, ça lui a remis les idées bien en place. L’intérieur aussi, sans doute, imaginant les vertus dépuratives du Detoll.

Eh oui, c’est ça, Raphaël, et il le reconnaît : il a des problèmes d’alcool, comme en témoigne un casier judiciaire dont la seule lecture vous ferait monter le taux à 2,4 grammes par litre. "Ben oui, quand je bois un verre ou deux, voilà…"

Le substitut Dufrasne l’a tout de même rappelé : Raphaël n’a rien de rassurant, et son casier (judiciaire), devrait l’aider à comprendre, une bonne fois pour toutes. Pour la défense, la solution est en route : Raphaël a entamé une cure, et il voudrait pouvoir rencontrer encore ses sept enfants. Promis, juré. Jugement à quinzaine.