Charleroi Entretien avec une des personnes derrière les transformations récentes de Charleroi.

Sébastien Lacomblez est designer graphique à Charleroi Bouwmeester. Il fait partie de l’équipe qui propose aux politiques locaux des projets pour développer la ville. Il a accepté de répondre à nos questions sur l’image de Charleroi et le phénomène de "contamination positive".

Comment est l’image de Charleroi ?

"On nous prend beaucoup plus au sérieux aujourd’hui. L’image était désastreuse il y a quelques années, il ne faut pas s’en cacher. C’est important d’avoir une belle image, qui dépasse aussi nos frontières : les Carolos peuvent s’approprier l’identité visuelle, et ça permet de faire venir des jeunes qui sont aventuriers, qui en ont marre de payer cher leur loyer. Ici, on a une maison de 200 m² pour le prix d’un petit appartement à Schaerbeek. Et puis il y a les investisseurs aussi, avant ils n’auraient pas osé venir établir leurs bureaux ici. Quand on veut lancer des projets, il y a le choix dans les porteurs de projet. Avant, personne ne voulait toucher la ville. Aujourd’hui, Charleroi commence à être cool."

Comment on change son image ?

"Je n’aime pas parler de ‘city marketing’, ça fait comme si on vendait une boîte de conserve. Non, ce que j’aimerais, c’est développer ce que j’appelle un ‘terroir visuel’ : j’ai par exemple vu en voyageant à Saint-Malo qu’ils avaient choisi le bleu marine foncé, et qu’ils avaient adapté toute leur communication en fonction de cela. Et ce qui est génial, c’est que les gens ont commencé à peindre leurs volets en bleu, sans que personne ne les y oblige : ils se sont approprié le visuel. L’idée ici est la même, avec du noir bien sûr, qu’on se rende compte, dans un avenir proche, dès qu’on entre à Charleroi qu’on est bien à Charleroi, et pas ailleurs. C’est pour ça, le nouveau logo de la ville, le Charleroi Mag qui était avant le bulletin communal, la refonte des documents administratifs pour communiquer avec les habitants et avec l’extérieur, les règlements pour les devantures et les terrasses de café, le mobilier urbain qui devient peu à peu aux couleurs de Charleroi, les chartes graphiques qu’on a mises à disposition des associations, etc. Même au Sporting, quand ils ont dû changer leurs sièges, ils ont fait appel à nous pour qu’on les aide à porter les couleurs carolos . Mehdi Bayat a affiché très vite le logo ‘C’avec fierté. Ça joue énormément."

Et ça fonctionne, pas de risque de monotonie ?

"Oui, ça marche ! On a vu la Maison des Lacs, le regroupement de toutes les maisons du tourisme, qui s’est inspiré de notre charte graphique pour mettre au point une carte des produits locaux. Et des gens se mettent à afficher fièrement leur identité carolo , en utilisant les couleurs qu’on essaye de mettre en avant. Ça prend forme, et ça un grand impact sur le business en ville aussi, par exemple on a pu négocier avec Décathlon pour qu’ils fassent un concept unique pour Charleroi. Parce qu’on n’essaye pas d’imposer une image, on met en avant les qualités que Charleroi avait déjà : une ville rude, au passé industriel, aux paysages et aux quartiers qui ont une histoire. On renforce sa singularité. On a créé un ADN, il reste à tout un chacun de s’en saisir et de le dériver, le muter, pour s’approprier Charleroi ! C’est ça, la contamination positive, quand on impulse, ça inspire les entreprises, les Carolos et les autres de se saisir des bonnes idées et de les porter fièrement."