Charleroi

Des incertitudes pèsent sur l'avenir de la foire dès pâques prochain.


Alors que la foire démarre ce samedi pour une durée d’un mois, les exploitants n’ont pas le cœur à la fête.

D’abord, le nombre d’attractions s’est réduit comme peau de chagrin : sur les 60 métiers qui se partageaient encore la place du Manège, la toiture du métro et le parking 1 des expos en août 2016, il n’en subsiste que 25, tous regroupés au pied du beffroi de l’hôtel de ville. Une jauge aussi basse que l’an passé, dans un quartier déjà en perte d’attractivité.

Ensuite, il y a la canicule qui n’est pas propice au commerce.

Enfin, et surtout, il y a les incertitudes qui pèsent sur l’avenir. À ce jour, nul forain n’est en capacité de dire où il sera dans un an, ni même s’il y aura encore une foire à Pâques. "Depuis deux ans, la ville nous annonce que la foire ne pourra plus se tenir dans le quartier en raison des travaux de rénovation urbaine", observe Anthony Mastrovalerio, président wallon de l’Union des Industriels Forains Belges. "Or, on vient d’apprendre un nouveau report à 2019 du chantier."

C’est donc la bouteille à encre : "quand débuteront-ils et quelle alternative pour notre champ de foire ? Il n’y a pas de réponse." Si la volonté politique est de permettre le retour des forains dans leur quartier historique dès la fin des travaux, l’échevine des Fêtes Julie Patte (PS) dit avoir trouvé un site de remplacement sur le parking du Spiroudome. Son équipement est en cours. D’une superficie de 7.000 mètres carrés, il est dimensionné pour accueillir 60 métiers. Mais le choix ne satisfait que peu de forains, selon Anthony Mastrovalerio, qui craignent de perdre des recettes du fait de son éloignement du cœur de ville et de son manque de visibilité.

Au point de décider de faire l’impasse pendant la durée de l’exil ? L’option n’est pas exclue, malgré le geste que la ville a consenti en acceptant d’octroyer une réduction de 50 % sur le prix des emplacements. Si des alternatives urbaines sont à l’étude, rien n’est encore concret, que ce soit sur le lieu, la durée, le nombre de forains. La clarté ne sera faite qu’après les élections. C’est dans ce climat lourd que l’inauguration s’annonce.

Coup de blues chez les forains

Si Frédéric Allard n’y est pas né, Charleroi est l’une de ses villes de cœur. Le forain âgé de 43 ans y vient depuis qu’il est tout petit, chaque année à Pâques et au mois d’août. "L’étape figurait déjà dans la tournée de mes parents qui exploitaient un carrousel sur la place Charles II. Quand la ville a décidé de la rénover et d’y aménager une fontaine, on leur avait promis qu’ils pourraient revenir à la fin des travaux. Mais ça ne s’est jamais fait." Exploitant du Baby Cars qui se trouvait auparavant en toiture du métro, le forain dit avoir vu le quartier de la ville haute dépérir lentement. "Rien que dans le périmètre de la place du Manège, sept cafés ont fermé." Il l’affirme : "la baisse de fréquentation de la foire est aussi liée à des problèmes de sécurité. Nous les dénonçons depuis des années mais nous n’avons jamais constaté d’amélioration marquante."

La foire déménagera-t-elle l’an prochain au Spiroudome ? "Nous verrons s’il y a un nombre suffisant d’exploitants pour que ce soit possible. Mais nous planchons sur des alternatives, encore dans le cœur urbain." Pour quatre semaines, les attractions feront encore vibrer la ville haute ce mois-ci. La vague de chaleur annoncée dans les prochains jours ne servira pas nos intérêts. "Quand il pleut ou qu’il fait trop chaud, les gens ne viennent pas", dit-il. Il vient d’en faire l’expérience à Namur où pour aider le commerce, la ville a autorisé un changement d’horaire, avec des ouvertures et des fermetures retardées d’une heure trente. "Une solution serait de s’en inspirer à Charleroi."