Charleroi Témoignage accablant d’un ancien bénéficiaire de la mesure

Publié au Livre en papier, Article 60 fait polémique : Cosmos Eglo y raconte les injustices et humiliations ressenties pendant la durée de son contrat article 60 au CPAS de Charleroi, ce qui jette un fameux pavé dans la mare de l’institution. Cette dernière le revendique : l’article 60 est un formidable outil de réinsertion socioprofessionnelle, plus de 750 usagers en ont bénéficié en 2017.

Dans son bouquin d’une centaine de pages, l’auteur explique que c’est aussi une machine à humilier et à dévaloriser les gens. Il en a souffert. Dès les premières pages, ce réfugié politique togolais explique que l’article 60, ce n’est pas qu’un statut. "C’est devenu mon nom et mon identité. On me présentait comme ça. J’étais Article 60, je n’étais plus que ça."

Arrivé en Belgique en 2013 pour fuir des représailles au Togo après la publication d’un roman engagé contre le régime en place, Cosmos a travaillé deux ans pour le service Accueil migrants du CPAS. "J’y enseignais le français langue étrangère et j’y donnais des cours de citoyenneté." Il effectuait aussi des permanences d’écrivain public, une activité qui a pris fin en même temps que son contrat en janvier dernier. "Quand je me suis représenté début mai à l’espace Citoyen de Marchienne pour remplacer un collègue, la responsable m’en a refusé l’accès. Elle m’a dit que mon bouquin avait fortement déplu et qu’on se passerait de moi. J’ai vécu ça comme une blessure supplémentaire."

Dans son pays d’origine, Cosmos avait connu la persécution et la torture. "Ici, j’ai été censuré. Je pensais que la liberté d’expression était inscrite dans la Constitution belge."

Rétrospectivement , il assume son histoire et chaque mot de son récit. "Je raconte des choses douloureuses. J’ai subi des humiliations qui étaient épargnées à d’autres travailleurs du service : par exemple, des PV de réunions faisaient inutilement mention d’erreurs sans conséquences de ma part, mais passaient sous silence celles de certains collègues. Quand j’ai demandé à disposer des clés de mon lieu de travail, on me les a refusées alors que les autres les avaient. Remarques déplacées pour un retard de quelques minutes et autres péripéties du genre. Le contrat devait m’aider à grandir. Il m’a démoli."

Le CPAS n’avale pas la pilule. "Sans remettre en cause le ressenti de l’auteur, les situations décrites nous semblent relever de la vie ordinaire du travail."

Stupeur et étonnement du côté CPAS

Archiviste, journaliste, écrivain mais surtout opposant farouche au régime togolais et aux "compromissions du gouvernement français" (sic) : Cosmos Eglo Agbodji traîne derrière lui une réputation sulfureuse.

C’est en 2013 que cet homme de 55 ans qui se présente comme un infatigable traqueur d’injustices demande l’asile en Belgique. Sa demande est acceptée. Après avoir vécu deux ans à Anvers, il décide d’aller vivre en Wallonie où il connaît la rue. Le CPAS de Charleroi lui octroie une aide financière et régularise sa situation. Puis l’engage comme article 60.

Autant dire qu’il n’accueille pas le livre avec le sourire. "C’est avec beaucoup d’étonnement que nous avons pris connaissance des événements relatés par l’auteur : à aucun moment durant son parcours il n’a manifesté son mal-être" , réagit le porte-parole du CPAS. "Pour aider ses agents à surmonter leurs difficultés au travail, notre CPAS dispose de nombreux outils et professionnels : service social du personnel, référent bien-être, médecine du travail, service de santé mentale, personnes de confiance… Or aucun de ces intervenants n’a jamais été sollicité par Cosmos Agbodji. Nous ne sous-estimons pas son vécu et nous ne le remettons pas en cause mais nous déplorons la manière dont il déprécie tout le service Accueil migrants du CPAS en citant nommément des personnes qui n’ont pas pu être parties prenantes du débat. Notre philosophie a toujours été la même : apporter une plus-value et un soutien aux personnes les plus fragilisées."