Charleroi

Il est 1h30 du matin, le 16 octobre 2016, lorsque les secours sont requis au pied d’un immeuble de la rue François Reconnu à Marcinelle. Abdelhatif git au pied du bâtiment, le visage en sang. Il a chuté du troisième étage dans des circonstances floues et est emmené en milieu hospitalier dans un état critique.

Opéré d’urgence, le Bruxellois a finalement survécu à ses blessures. Mais il ne conserve que des flashes comme souvenir. Du côté de la police, on s’oriente rapidement vers Nour-Eddine, locataire de l’appartement duquel la victime a chuté. Celui-ci donne sa version des faits: « il m’a contacté dans le cadre d’une relation tarifée. Je me prostitue comme transsexuel depuis l’âge de 12 ans. Des détraqués, j’en ai rencontré des tas, si bien que, par automatisme, je ferme toujours ma porte à clé quand je reçois. Celui-ci a décidé de ne pas me payer les 40 euros parce qu’il se trouvait trop beau gosse. J’ai donc voulu appeler la police et il a paniqué. Je ne retrouvais plus mes clés et il a voulu s’enfuir par la fenêtre qu’il a enjambée. Il a tenté de se laisser glisser le long de la façade pour atterrir sur un auvent mais il s’est écrasé, face la première, quelques mètres plus bas. J’ai enlevé mes vêtements de femme et je suis sorti pour le mettre en position latérale de sécurité».

Pour l’avocat d’Abdelhatif, le prévenu a (aussi) tenté de travestir la vérité, à savoir une tentative de meurtre. « Pourquoi mon client aurait-il sauté de son plein gré du troisième étage ? Et puis, Nour-Eddine a déjà plusieurs antécédents de violence ». Le parquet confirme effectivement que le travesti a déjà fait l’objet de plusieurs plaintes de la part de « clients » qu’il aurait enfermé avant de les dépouiller. Mais faute de preuves, ces affaires ont été classées sans suites.

Le substitut Bouilliez a en outre dû reconnaitre qu’il ne pouvait prouver l’intention homicide. «Mais en enfermant la victime après lui avoir fait croire qu’il était une femme, il l’a poussée à s’enfuir et, finalement, à se jeter par la fenêtre. Il y a donc bien des coups et blessures involontaires ». Vu les antécédents de Nour-Eddine, le magistrat a requis 2 ans de prison.

Le tribunal a finalement constaté que la tentative de meurtre n’était pas établie. Les traces sur la façade confirmaient bien le fait que la victime avait tenté de se laisser glisser…pour s’échapper de l’appartement où elle était séquestrée. Vu la gravité des faits et l’impact traumatique ressenti par Abdelhatif, Nour-Eddine a écopé de 2 ans de prison ferme.