Charleroi

La fédération CSC tire la sonnette d’alarme face à des chiffres édifiants.


Faire de la sécurité au travail une priorité absolue : en Belgique, cette utopie semble avancer à reculons si l’on en croit l’évolution du nombre et de la gravité des accidents déclarés par des employeurs. Il y en a en moyenne près de 500 par jour. En outre, si la proportion d’accidents bénins (entraînant une incapacité temporaire) diminue, il en va tout autrement des graves : dans 12 % des cas, les victimes sont touchées par des invalidités permanentes.

Dans le magazine focus qu’elle vient de consacrer à la thématique à l’occasion de la journée mondiale de la sécurité et de la santé au travail ce samedi 28 avril, la CSC constate que le nombre de victimes est deux fois plus élevé chez les intérimaires que parmi les travailleurs sous contrat.

Selon la responsable de communication de la fédération CSC Sophia Walravens, cela s’explique par un déficit de prévention. "Lors de leur accueil en entreprise, les intérimaires ne sont pas suffisamment sensibilisés aux risques d’accidents. Et dans la culture industrielle, c’est souvent la production qui l’emporte sur le reste."

Fatalité économique ? Pas du tout. La CSC n’en veut pour preuve que l’exemple d’Aperam, l’aciérie inox de Châtelet (lire ci-contre) où un dispositif de sensibilisation a été mis en place pour prévenir les sinistres. Dans la pratique, les assureurs refusent de plus en plus de déclarations. En cause : des documents incomplets ou erronés.

Selon la juriste de la régionale Isabelle Mertens, "30 % des 200 dossiers que nous instruisons chaque année concernent des refus." De manière inattendue, la plupart de ces plaintes concernent le service public. Il faut dire que le calcul des primes payées par les villes et communes s’établit au prorata du nombre de sinistres.

Pour la CSC, il est important que les victimes reçoivent immédiatement copie des déclarations transmises aux compagnies. "Nous estimons aussi qu’il faut renforcer le cadre de l’inspection du travail", indique Fabrice Eeklaer. Les effectifs sont en chute libre : pour tout le pays, on est passé de 159 à 129 inspecteurs entre 2014 et 2018. En Hainaut, ils ne sont plus que 17 contre 20 il y a quatre ans.

Aperam et son guide des 10 stops

En milieu industriel, les conséquences d’un accident peuvent souvent être dramatiques : Aperam en a fait la tragique expérience en 2015, quand un de ses travailleurs a trouvé la mort après une chute.

Pour prévenir efficacement les risques, le comité de prévention et de protection au travail de l’aciérie de Châtelet a conçu et diffusé un outil qui fait de l’entreprise un modèle. C’est le guide des 10 stops.

Comme l’explique Massimo Bellini, conseiller sécurité ACV-CSC Metea, ce guide reprend dix questions essentielles à se poser avant de commencer son service : ai-je besoin d’aide pour effectuer ma prestation ? Ou bien encore : est-ce que je dispose bien de tout l’outillage requis pour mener à bien cette mission ? "Car pour pouvoir gagner sa vie, il faut commencer par rester en vie", indique-t-il.

La rationalisation des effectifs nuit à la sécurité au travail. "Dans l’industrie, un travailleur isolé est exposé à des risques accrus d’accidents graves car en cas de sinistre, personne ne peut lui porter secours. Quant aux chantiers de construction, les chutes sont à l’origine de la moitié des accidents mortels en Hainaut", dit le permanent Bâtiment Industrie Énergie de la CSC Marc Moreau.

Via le fonds de la sécurité, une formation "travaux en hauteur" a donc été organisée. Elle se déroule durant la période des intempéries. Pourtant, peu d’entreprises acceptent de libérer du personnel pour y participer : quatre sur cinq ont exprimé un refus, selon le permanent. Preuve qu’il y a encore du boulot pour convaincre.