Charleroi Michaël Sacchi leur dédie un livre richement documenté.


Allemagne, Italie, Pays-Bas, France. Même les États-Unis. Les boxeurs carolos sont montés sur des rings partout dans le monde, dès le début du siècle dernier. Si le noble sport connaît son essor dans l’immédiate après-guerre, en 1918, c’est une page largement méconnue de l’histoire locale.

Pour rendre justice à ces cracks qui ont enflammé des dizaines de salles de la région, du cirque des Variétés (ancêtre du PBA) au Spiroudôme en passant par le Palais des expos, l’Eden ou la Maison des huit heures, Michaël Sacchi, cofondateur du Rockerill, a entrepris un véritable travail d’historien. De journaliste aussi, car il est allé à la rencontre des témoins encore vivants de cette épopée, de Léo Darton qui entame sa carrière en 1918 à Alex Polizzi, dernier tenant d’un titre européen en passant par les inévitables Garcia, Julien Van Mechelen, Lionel Cuypers, Kid Louis et bien d’autres.

Depuis des mois , Mika traque inlassablement les anecdotes, décortique les archives pour restituer l’histoire le plus fidèlement possible.

Sa maison est remplie de photos, coupures de presse, affiches anciennes et reliques. "On pourrait presque tendre autour les seize cordes d’un ring car elle renferme un siècle de souvenirs", sourit-il. Il pense à faire une expo.

La boxe , Mika est tombé dedans quand il était petit : "mon père la pratiquait", raconte celui qui a lui-même vécu une expérience chez les amateurs avec deux titres de champion de Belgique en 90 et 91, et deux finales perdues.

Pour lui, Pierre Charles est incontestablement le plus grand. Né en 1903 et décédé en 1966, ce poids lourd d’ 1,92 mètre a remporté quinze titres européens à partir de 1929. En 1935, il a failli battre le tenant du titre mondial Georges Godfrey qui s’est imposé en quinze rounds avec… un seul petit point d’avance.

"Lors des cérémonies de commémoration des 350 ans de Charleroi, il n’y avait quasi rien sur nos anciens champions" , déplore l’auteur. "Et un entrefilet seulement a été consacré à Yvons Becaus lors de son décès, alors qu’il avait challengé rien moins que… Cassius Clay, alias Mohamed Ali, pour un titre mondial. C’est ce qui m’a motivé."

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Une mosaïque à la gloire de Pierre Charles à la ville basse

À la ville basse, une trace du plus grand boxeur qu’ait jamais connu le Pays noir vient d’être remise à jour : c’est une mosaïque contenant l’inscription "Au champion Pierre Charles", sur le seuil de l’immeuble où il exploitait une taverne et un petit hôtel, au coin des rues de la Fenderie et Desandroin.

Michaël Sacchi l’a repérée par hasard en passant devant. Les historiens André Lierneux et Béatrice Garny ont consulté les anciens Bottin de Charleroi pour valider le lieu : l’adresse correspondait. "Avec l’aide de l’échevinat du Patrimoine, nous avons pu entrer en contact avec la propriétaire du bâtiment", confie-t-il. C’est l’historienne de l’art Marie Wautelet, collaboratrice de l’échevin Mohamed Fekrioui (CDH) qui a effectué les démarches. Il était important de sauvegarder cet élément visible depuis la rue. La propriétaire a marqué son accord à la restauration.

Béatrice et André ont nettoyé le seuil, gratté l’égaline qui rendait l’inscription illisible. L’étape suivante pourrait être de donner le nom de Pierre Charles à l’un des espaces publics du quartier qui n’en ont pas encore. Comme la Petite rue en face, derrière le siège de la Fortis. "Mais comme il existe déjà une rue Ernest Charles à Marcinelle, il serait plus logique de rebaptiser le square à l’angle des rues Desandroin et du Moulin, de manière à éviter toute confusion", indique André Lierneux. La proposition sera soumise à la commission odonymique communale.

Le décès du champion remontant à plus d’un demi-siècle, c’est tout à fait possible.