Charleroi Un plan pour sauver le commerce urbain est prévu par la ville.

À Charleroi, c’est d’abord l’accueil des commerçants que préfèrent les consommateurs : 87 % le jugent satisfaisant, et 81 % estiment que les prix pratiqués sont attractifs. La diversité de l’offre commerciale est insuffisante pour plus de la moitié des personnes interrogées.

Autres situations d’échec : le stationnement, le sentiment de sécurité, l’animation, la propreté. On touche le fond sur la question de l’état de l’immobilier : plus de huit personnes sur 10 indiquent que les bâtiments sont dans un état déplorable. Bref, c’est un bulletin maussade qui sanctionne la perception du commerce dans le centre urbain.

Ces résultats alimentent une enquête de satisfaction réalisée par le bureau de géomarketing Augeo, dans le giron de l’Association de management de centre ville (AMCV). Elle constitue le premier des trois volets du schéma de développement commercial présenté ce mardi au collège communal. Du 19 janvier au 19 février 2016, 1.703 consommateurs ont été interrogés par téléphone, en face à face ou via internet.

Dans la foulée , Augeo a procédé à un état des lieux complet du commerce : il apparaît que la grande majorité des quartiers sont affaiblis structurellement, pour ne pas dire en crise. Et c’est logique quand on sait que 26,6 % des cellules commerciales sont vides (21 % si l’on exclut celles de Rive Gauche), soit plus d’une sur quatre.

Sans surprise, c’est dans la rue de Marcinelle et autour du chantier Rive Gauche que la situation est la plus préoccupante : elle l’est aussi dans le bas de la Montagne, qui concentre de grandes cellules commerciales aux loyers supérieurs à la moyenne (ex : 400 m2 pour environ 10.000 €).

L’enquête réserve quand même l’une ou l’autre bonne surprise : le piétonnier de Dampremy et le boulevard Tirou ont su garder la tête hors de l’eau. C’est aussi le cas du haut de la Montagne et, dans une moindre mesure, de la rue Neuve.

Comme l’explique l’échevin du Commerce, Philippe Van Cauwenberghe (PS), ce diagnostic va aider à élaborer la politique de redéploiement de notre commerce.

Après la stratégie qui constitue le second volet du schéma, Augeo assurera un accompagnement pendant une durée de 36 mois. Si, à terme, la volonté est d’agir sur les noyaux urbains des anciennes communes, les efforts se porteront prioritairement sur le périmètre de l’intra-ring. Le potentiel commercial y est considérable : 80 % des carolos disent le fréquenter, de 30 à 50 % de ses consommateurs y travaillent.


Un retour des voitures possible à la rue de la Montagne

Cent mille euros pour savoir que le commerce urbain va mal, très mal : c’est le montant du marché de service attribué au bureau Augeo (AMCV) pour le schéma de développement commercial.

Après le diagnostic doivent venir les remèdes : contrairement aux centres commerciaux privés, les noyaux urbains souffrent d’une détérioration de leur offre et de leur fréquentation. Selon l’étude, "Gilly, Jumet et Gosselies se situent dans une situation difficile ou de crise avec un taux de cellules vides plus élevé que la moyenne et une densité commerciale relativement faible. Quant aux cinq noyaux structurés autour des grands axes de circulation (Charleroi Nord, Marcinelle, Mont-sur-Marchienne, Marchienne-au-Pont et l’avenue de Philippeville), ils attendent un coup de boost".

Selon Van Cau"l’intra-ring carolo doit voir sa centralité et son rôle structurant renforcés pour redémarrer. Moyen : favoriser des spécialisations commerciales (alimentation, décoration, culture, etc.) par quartier, sur l’axe traditionnel sud/nord mais aussi d’est en ouest où nous allons privilégier le commerce ethnique qualitatif un peu dans le même esprit qu’à la rue du Sablon, à Bruxelles", dit-il.

C’est la rue de la Montagne qui suscite la plus vive inquiétude : Rive Gauche va contribuer à accroître son affaiblissement structurel, qui est déjà marqué. Pour éviter qu’elle ne devienne un piétonnier fantôme, il est proposé d’agir radicalement sur la mobilité : "la remise en circulation de cet axe va faire l’objet d’une analyse", confie l’échevin.

Selon l’AMCV , les piétonniers dont l’attractivité diminue continuent à s’affaiblir. Le retour des voitures pourrait donc inverser la tendance mais rien n’est décidé. Dans la rue de Marcinelle, l’ouverture d’un pop up store (magasin éphémère) ira de pair avec l’installation de stickers en trompe l’oeil sur les commerces vides.

Pour la rue Neuve, des primes à la rénovation des façades et des enseignes vont encourager les propriétaires privés à effectuer des travaux. L’étude plaide encore pour une remise en valeur de l’horeca en centre-ville où il faut activer la "charte enseigne" dans certains quartiers.