Charleroi

Avec 80 dossiers par an, la Maison Plurielle se bat contre les violence de genre.


Gemaëlle Corsini est coordinatrice à la Maison Plurielle. Elle nous parle de ses missions contre les violences liées au genre et de l’accompagnement de leurs victimes.

– Que fait la Maison Plurielle ? 

“On est une association contre les violences conjugales, intrafamiliales ou liées à l’honneur, c’est-à-dire les mutilations génitales ou les mariages forcés, par exemple. Nous avons cinq missions : la sensibilisation, l'information et la documentation, l’accueil des victimes par notre psychologue, leur accompagnement à la réinsertion socioprofessionnelle avec notre assistante sociale, et la formation aux pros et aux futurs pros.”

– Il y a des mariages forcés ou des mutilations à Charleroi ? 

“Depuis début 2018, on a déjà eu trois cas de mariages forcés. Ce sont des profils très jeunes, avec un énorme contrôle parental et pour qu’ils ou elles se rendent compte de ce qui se passe et demandent de l’aide, c’est compliqué.

Et ce ne sont que la pointe de l’iceberg, il y en a beaucoup d’autres qu’on ne voit tout simplement pas.”

- C’est pire à Charleroi qu’ailleurs ?

“C’est impossible à dire parce que les seuls chiffres qu’on a sont les victimes qu’on reçoit chez nous, même la police n’a que les signalements qui leur sont faits.

Mais il ne faut pas croire qu’à cause de la précarité, c’est plus présent ici. Par exemple avec les violences conjugales, ce qu’on remarque, c’est que tous les milieux sont concernés : jeunes ou vieux, riches ou pauvres, avec ou sans diplôme, toutes les cultures, toutes les religions,… La violence n’a pas de visage. En 2017, on a accueilli 78 victimes, mais d’une manière plus générale une femme sur trois est susceptible d’avoir été, d’être ou d’être un jour victime de violences de genre.

Je pense qu’il y a tout de même à Charleroi une volonté d’améliorer la situation, avec des collaborations à mettre en place. Notre rapport stratégique permettra d’y voir plus clair.”

- Un rapport stratégique ? 

“Avec d’autres associations, la Maison Plurielle est en train de compiler une grande étude sur Charleroi, pour pouvoir faire des recommandations à la Ville, qu’elle pourra appliquer, ou pas.

On se base sur la convention d’Istanbul, un texte du Conseil de l'Europe, ratifié en 2016 par la Belgique, qui donne des prescrits pour la prévention et la lutte contre les violences faites aux femmes. Ce texte permet également de reconnaître juridiquement les violences faites aux femmes rien que parce que ce sont des femmes. Peu a été fait pour l’appliquer pour l’instant. Début 2019, un comité européen viendra voir si le texte a bien été appliqué.

Là, partout, des associations préparent ces visites pour pointer ce qui ne va pas. L’idée, avec le rapport qu’on est en train de rédiger, c’est que Charleroi devienne un exemple.”