Charleroi Le permis pour le nouveau palais à Courcelles n’autorise que 60 jours.

Ce n’est pas un feu vert, mais plutôt un feu orange : pour le transfert des activités de Charleroi expo au zoning de Courcelles, le fonctionnaire délégué vient d’octroyer un permis à caractère restrictif. Il limite en effet à 60 jours la durée d’exploitation de l’infrastructure pour des foires, salons et congrès sur un site où ils n’ont rien à faire, indique-t-il.

Cela l’avait amené à refuser le déplacement de l’activité dans le parc industriel d’Heppignies voici quelques mois. "L’autorisation accordée porte sur le seul volet urbanisme, à la condition de remettre les lieux dans leur strict état d’origine", explique Raphaël Stokis. "La législation n’impose pas l’obtention d’un permis pour des événements à caractère social, culturel ou récréatif quand leur durée n’excède pas 60 jours."

Le centre logistique de Courcelles offre 11.000 mètres carrés de superficie qui doivent être complètement réaménagés : il faut notamment percer des baies pour créer des issues de secours, compartimenter l’intérieur, mettre en conformité aux normes incendie.

"Nous sommes prêts pour le faire", indique le président de Charleroi expo Jean-Claude Van Cauwenberghe. "Mais le temps presse vu notre agenda d’événements." Fin septembre, la tenue du salon des artistes de Charleroi est en effet déjà programmée, sur 8.000 mètres carrés. Dans l’immédiat, le conseil d’administration va se pencher avec ses avocats sur les restrictions du permis. Un recours après du ministre de tutelle n’est pas exclu.

Soixante jours d’exploitation, cela correspond au double de la durée des grands salons qu’organise Charleroi expo. Il faudrait donc concentrer tout le reste sur 30 jours. C’est court. "D’autant s’il faut financer le démontage intégral de ce que nous aurons fait pour les besoins de notre occupation", note Van Cau. "Il faut voir si c’est suffisant à assurer la viabilité de l’entreprise." Selon lui, il y va de la sauvegarde d’une centaine d’emplois directs et indirects.

La fermeture du palais des expos en centre ville a-t-elle été prématurée ? Le report de l’ouverture des chantiers à 2019 semble l’indiquer. Mais il est trop tard pour faire marche arrière, en permettant par exemple le retour du prochain salon des arts ménagers. Les lieux ont été vandalisés. En outre, tout a été repensé pour déplacer le salon à Courcelles : ce sera du 27 octobre au 11 novembre prochain.

Trop de centres de congrès et d’expo en Wallonie

La Wallonie a connu le temps où toutes les communes voulaient leur piscine, puis leur centre culturel. Ce fut ensuite l’époque des shopping centers. Avant l’obsession des centres de congrès et d’expo. Dans une étude réalisée en 2014 pour le compte du Commissariat général au tourisme (CGT), un bureau français indique clairement que l’offre d’infrastructures est supérieure à la demande du marché en Wallonie. Il ajoute que le manque de capacité hôtelière à proximité des parcs d’exposition et centres de congrès les condamne à faire de la réunion à la journée, avec des retombées économiques marginales.

Le rapport est très clair : "Disposer d’auditoriums de 800 à 1.500 places n’a de sens que si l’équipement a également une vocation culturelle pour des spectacles. Le cœur de la taille des congrès et des conventions est de 100 à 300 participants, d’où le succès des événements adaptés à cette jauge."

Charleroi n’en a pas moins décidé d’investir massivement : la facture de rénovation et d’extension de son pôle événementiel s’élève à plus de 70 millions d’euros. Dans le cadre du programme Charleroi District Créatif cofinancé par les fonds structurels européens, elle comprend la construction d’un nouveau centre de congrès de 6.000 mètres carrés. Avec un auditorium d’un demi-millier de places.

Et que fait-on entre-temps de la stratégie MICE (Meetings, Incentives, Conventions&Events) à mettre en place à Charleroi ? C’est la bouteille à encre. Le palais des expos est fermé, le CEME de Dampremy (Centre espace meeting européen) est menacé : son personnel a été mis en préavis, alors qu’il a accueilli l’an dernier plus d’événements que jamais.